Bestiaire
1: Le lombric
Le lombric, comme son nom l’indique, ressemble à une brique qui se serait aplatit et allongée à la cuisson. Il est toutefois difficile de construire des murs en empilant les lombrics car les vers ne tiennent pas à la verticale. On l’appelle parfois “ver de terre”, ce qui n’a aucun sens car chacun sait qu’on devient rouge en se barbouillant de terre, par conséquent il faut dire “rouge de terre”, comme on dit “clair de lune”, quoique la blancheur irisée de l’astre des nuits n’ait rien à voir avec la rougeur timide du lombric. L’expression “bouffée des vers” ne signifie pas s’attabler avec des recueils de poèmes et une assiette, elle se réfère plutôt à la technique de conservation des lombrics utilisée en Patatonie, le fumage. Dans cette contrée éloignée on suspend les vers comme des jambons prés de la cheminée jusqu’à ce qu’ils soient entourés de volutes, ainsi qu’un fumeur. A ce moment là le lombric n’a plus grand chose à espérer de la vie, il expire donc la “bouffée des vers”. Pour les curieux je préciserai que les Patatoniens se servent de leurs vers, en les tressant comme un fouet, pour apprendre à lire à leurs enfants selon des méthodes que seuls les anglais appliquent encore: les châtiments corporels. Ce sont donc des “vers correcteurs”. Certains croient que le lombric est une larve qui se métamorphose en taupe. Il n’en est rien, en réalité le lombric reste ver jusqu’à l'âge mûr. S’il vivait aussi longtemps que l’homme il s’allongerait tellement qu’il ferait le tour de la terre, finirait par se dévorer lui- même et séparerait la planète en deux comme un coloquinte. Heureusement Dieu dans son infinie sagesse ne l’a pas voulu, c’est pourquoi le ver de terre finit souvent en ver d’eau au bout d’une canne à pêche.
(La revue) (poésie) (monde moderne) (le P.D.R.)