Parabole
R.O.

La parabole, qui signifie comparaison en langue grecque, est un petit récit qui permet de comprendre les choses d'en haut par les choses d'en bas. Le Sauveur a privilégié ce mode d'expression afin d'instruire les hommes.
Comment la parabole est-elle devenue le nom du radar domestique grâce auquel une demi-infinité de programmes télévisuels provenant du monde entier abreuve l'homme moderne?
Nous serions tentés d'y percevoir l'extension du terme mathématique qui signifie une ligne courbe à égale distance d'un point fixe. Ce serait une explication rationnelle. Cela couperait court aux conjectures mais ne justifierait en aucun cas la préférence accordée à ce terme au détriment de ses concurrents.. Qui aurait l'audace, en effet, de nier que l'oblique du réceptacle à onde eût pu trouver autre, voire meilleure image, que la parabole?

Examinons donc le vaste champs des possibles et interogeons-nous sur les barbelés de l'impossible….

Pourquoi l’écuelle n'a-t-elle pas été retenue?
Sa forme proche de celle de l'antenne moderne aurait pu le désigner comme le vainqueur du concours linguistique ! Reconnaissons toutefois qu' écuelle relève désormais du lexique de la pauvreté ou des soins apportés aux animaux domestiques…face à la Technologie, cela le disqualifie automatiquement.
Et cratère?
Le démodulateur d'ondes ne ressemble-t-il pas, à s'y méprendre, au calice évasédans lequel brûlait les encens ou les feux sacrés de l'antiquité? Objection majeure : le cratère n'évoque plus de nos jours que la bouche d'un volcan.
Quant à radar? N'était-il pas susceptible de remporter la victoire? Sans aucun doute ! Mais il faut rendre à César ce qui est à César, et cet acronyme anglo-saxon est propriété des armées…Nous leur concèderons donc l'exclusivité d'emploi.
Est-ce tout? Certes non!
Une orbe est le vocable que, si on nous l'avait demandé, ce que personne n'a songé à faire, nous eussions suggéré. L' orbe a servi en astronomie, surface couverte par le parcours elliptique d'une planète, elle a servi en ophtalmologie, de l'orbe est venue la cavité dite orbite, et elle s'est livrée à la poésie pour devenir une sphère ou un globe. Sa connotation à la fois céleste et visuelle n'eût-elle pas convenu à merveille ?
Alors, pourquoi parabole?
Certes, du point de vue mathématique, cela correspond au profil présenté par l'engin captateur…cependant, la parabole se situe sur un plan bidimensionnel et non tridimensionnel!
Ne dissimulons pas plus avant la réticence insurmontable qui se fût présentée à nous si l’on nous avait demandé notre avis, ce qui -vous le savez- n'a pas été le cas, elle eût consisté dans l'emploi de paraboles pour définir certains enseignements du Christ.
Il est peut-être exagéré d'affirmer que la parabole en a été sacralisée , mais il n'est pas à prouver que ce terme dispose d'un statut spécial dans le langage. Bien plus que l'objection mathématique, c'est l'objection connotative qui eût dû faire obstacle à l'emploi de parabole pour définir cette antenne aux larges hanches.
Il reste une angoissante hypothèse …
…et si le choix s'était porté sur ce mot en toute connaissance de cause?
La parabole permet en effet de diffuser le message d'en haut sous forme d'images qui éclaicissent le monde d'une manière compréhensible par tous!
Devons-nous en déduire que l'antenne parabolique figure le moyen employé par les dieux modernes pour répandre leurs doctrines?
Un nouvel Olympe descendrait-il jusqu'à nous par la lucarne magique ?

(Paru dans Chroniques improbables )