Droiture, Hymne à la justice
Francis Boumda

Droiture

Sois ma force dans le cyclone
Et mon pieu dans le tourbillon
Sois mon oisis dans le désert
Et mon pain dans la disette.
Ce cœur en moi refuse de m’obéir
Et ma conscience aussi veut trébucher :
Ma conscience éternellement fragile en proie
A l’assaut des forces contraires d’ici-bas
O cristal de lumière !
Que je ne sois pas la rançon du mercenaire
Ni la proie des volontés tyranniques.
Droiture ! Droiture !
Sois le baume de mes humaines bêtises,
Mais sans me sacrifier aux causes viles.

Hymne à la justice

Justice ! Justice !
Justice en quête des civilités !
Tu es le roseau de l'amour que chante mon cœur,
la parure de l'éden ou soupire mon indigence.
Toi, rose qui chamarre le zèle et la vertu,
Toi, trésor qui se cache sous le manteau de la croix :
Ma faim de toi est immense et insatiable,
le demeurera jusqu'à ce que rassasiée de toi.
Viens viens viens Justice !
Viens nous faire fonder nos calculs
sur ta console et ta consistance, et ériger
nos plans d'avenir sur le fer de tes fondements.
De même que l'astre de midi envoie ses tentacules
caresser le sein docile de la Terre,
Nos finitudes dans l'attente de ta venue contemplent comme
en rêve la majesté de ta splendeur qui se révèle toute belle.
Viens viens viens Justice !
Viens revisiter nos vœux drapés de Voilures :
Nos vœux doux et féconds dans le verbe et la chanson,
nos mêmes vœux hostiles à l'interdit des officines.
O Feu qui doit jaillir et calciner ses décombres !
Comme à la suite d'une averse le zéphyr par ses brises légères
annonce l'aurore du beau temps,
mon œil en extase anticipe ton temps de gloire
tandis que suinte sur le front de l'espace
la sueur torrentielle des euphories.
Viens viens viens Justice !
Que tes senteurs parfument nos ambitions incolores,
Et de nos vils penchants guérissent les vices vexatoires.
Partout elles sont passées et sillonnent encore les recoins des pays;
Partout elles se sont répandues,
les ondes que conduit le vent messager de l'Ere Nouvelle.
Viens viens viens Justice !
Car en toi ma foi est pareille à ce navire qui vacille sur les eaux,
mais chevauche l'impétuosité des raz-de-marée, et mon engagement,
je le veux semblable à l'oiseau mécanique bravant la foudre du cyclone.
Considère donc, relique enfouie dans les abîmes,
les cris sonores de cet intense désir :
Ce désir qui de jour de nuit ne dort mais veut veiller,
Ce désir partagé et inlassable à l'affût de ta sublimation.
En vitesse viens viens viens ô Justice !
Justice au sein des piétinements et des continuels sabordages.

La revue improbable
N°28, août-septembre 2003