Lucifer est-il entré dans l'homme?
Francis Boumda

Ces nations s'entr’égorgeant voudraient bien retrouver
ensemble là où dort la colombe, voudraient bien s'éprendre l'une
de l'autre, s'entrelacer dans la chaleur fraternelle.
Mais le vibrion de César s'est emparé des consciences
Seul le manque de sang à verser intime
l'accalmie.
Je n'en ai que douleur qui me parcourt et me
déchire dans mon sang,
Que douleur que douleur que douleur !
Je n'en ai que cette douleur qui se faufile dans les
guets-apens, avec ma souffrance qui est en moi en
scrutant les cités, cette souffrance monotone comme l'apathie qui
me tapisse ma vigueur.
Cette douleur dans les convoitises qui pullulent,
cette souffrance dans des hargnes qui vrombissent pour déchirer l’azur,
elles encerclent mon âme, piochent dans la chair de mon repos ;
Elles se fermentent dans les intrigues et les poings tendus, dans
le creuset ardent où fondent les bienveillances.
Elles poussent dans le fatras des rudoiements d’où s’élève ma ferveur
en pépites d'amertume, dans mon désert intime où s'infiltre
l'affliction, alors que contre vents
et marrées j’espère renouvellement
des Fronts belliqueux.
Je veux pulvériser le feu des querelles.
Je veux affranchir les vies murées dans la servitude,
les affranchir séquestrées dans la tanière des passions.

La revue improbable
N°28, août-septembre 2003