Pour résoudre les calamités d’ici-bas
Francis Boumda
Conviens avec moi, concitoyen du monde :
Que les IST/SIDA ne sont pas indomptables
Que la Pneumonie atypique n’est pas invincible,
Ni le palud ni l’Ebola ni les séismes ni les cyclones ni

les inondations ni les sécheresses

Car l’espoir est permis jusqu’au dernier souffle

Conviens que les bombes humaines et le djihad peuvent

être résolus ;

Que Israël et Palestine peuvent s’envisager et s’embrasser,

Que les puissances pourront répandre dans le monde des fleurs

de jardins au lieu des balles de fusils

Car l’Amour aura toujours raison de s’exhumer

Conviens que les sécessions ont droit à la parole :

Que les putschs, guerres civiles, génocides et autres peuvent

être prévenus sans effusion de sang,

Car Amour seul apaise les humeurs fermentées, seul Amour

peut diluer les amertumes entre peuples frères

Dis en chœur avec moi, s’il te plaît :

Que l’entente peut avoir raison de la haine,

Que la paix peut triompher de la violence ;

Que la justice peut venir à bout des privilèges,

Que qui sème la foule récolte l’émeute ;

Que le Nord et le Sud peuvent cesser de symboliser

le sommet et l’abîme,

Que la vie des hommes peut arrêter d’être un parcours douloureux

Pourtant hélas ! Je sais par ailleurs :

Que parole d’homme a toujours deux têtes,

Que même là où confiance il y a, il faut se méfier un peu ;

Que la faim des uns est l’œuvre des autres,

Que la guerre d’ici vient très souvent de là-bas ;

Que la mondialisation est une nouvelle seringue créée par les plus

forts pour mieux anémier les plus faibles,

Qu’ici bas, lorsqu’on a passé un fleuve jusqu’à atteindre l’autre

rive, on s’empresse de saboter derrière soi le pont de la traversée.

Mais conviens encore, concitoyen du monde :

Que quoique l’homme donne la mort mieux que ses Arsenaux,

Le pardon n’est jamais une utopie

La réconciliation n’a jamais été une chimère

La concorde peut toujours éclore pour rompre les aversions

campées autour de nous et gouvernant nos vies

Veux-tu convenir enfin, mon Frère universel,

ma Sœur universelle :

Que tout peut changer

Que tout peut régénérer ;

Que la victime et le bourreau peuvent aller côte à côte,

Que le hors-la-loi peut retrouver sa place parmi

le commun des vivants

Que la marâtre et l’enfant adoptif peuvent

s’asseoir à la même table,

Que le paria et le noble peuvent partager la même maison ;

Qu’enfin, autant que l’argent, la Fraternité n’a pas

de couleur, n’a pas de barrière, n’a pas de prix.

La revue improbable
N°28, août-septembre 2003