La société du masque
Alain Suied

pour M.

Les hommes n'aiment rien tant que leur aliénation et leurs plaintes ne sont souvent que le masque d'une répétition d'un plaisir contraint, celé mais plus prégnant que toute velléité d'élévation et de dépassement.

La lumière de la vérité, ne fût-elle qu'une faible lueur à peine visible à l'horizon de leur vie, les dérange ou parfois les aveugle et les ramène plus sûrement à leur nuit sansn choix.

Le mensonge broie-t-il les personnes et les valeurs? Le démon caché se transforme-t-il en pulsion, haine ou envie? Le passé sans diversion ni évolution sans cesse répété risque-t-il d'étouffer la promesse et l'avenir? "Qu'importe?"- semblent dire la plupart des êtres - "si l'on m'assure que je garde les chaînes que je prétend honnir".

L'aliénation est-elle enfermée; les prisonniers sont-ils "enchaînés"? Bien des hommes masqués par leur banalité même, par leur indémodable conformisme, sont encore plus fous que les "fous" et plus prisonniers que les "révoltés": ils gardent eux-même leur "folie" comme un bien précieux et sont les prisonniers d'eux-mêmes avec une opiniâtreté qui n'a pas d'autre nom que l'obsession. Hélas, ce sont souvent les "piliers" de nos sociétés "morales" qui désignent la folie et bâtissent les geôles.

La revue improbable
N°28, août-septembre 2003