L'ombre du silence
Sylvie Freytag

à Richard Ober

Silence,
Es-tu
Cette page blanche
Où les mots en furie
Vocifèrent haine et révolte ?

Silence,
Es-tu
Ce déploiement de solitude
Qui façonne
Imperceptiblement
Mon histoire
Parcelle après parcelle ?

Silence,
Es-tu
Ce blanc opalin autour de moi
Dont on ne voit pas la fin ?

Silence,
Es-tu
Cette mémoire brouillée
Qui s'éparpille aveuglément
Sur les rives de l'oubli ?

Silence,
Es-tu
Cette énigme indéfinissable, intangible,
Qui court au-delà de l'horizon de ma conscience ?

Silence,
Es-tu
Cette vibration de mots
Qui ne disent jamais rien et
Qu'il me faut exhumer en sourdine ?

Silence,
Es-tu
Ce mauvais rêve
Dans lequel s'effondrent tous mes espoirs ?

Silence,
Es-tu
Ce flux de larmes
Qui se répandent aux quatre coins
De mon coeur assoiffé de tendresse ?

Silence,
Es-tu
Cette humble prière
Aux paroles hésitantes
Qui n'attend plus de réponse ?

Silence,
Es-tu
Ce cri sans écho
Qui se meurt dans le vertige
De l'espace nu et muet ?

Silence
Es-tu
Ce vide
Obscur,
Indéchiffrable,
Sans repères,
Qui seul me tient compagnie ?

Silence
Es-tu
Ce labyrinthe tortueux de pensées
Qui s'épuisent dans la vacuité de mon imagination ?

Silence
Es-tu
Cette angoisse
Qui me serre
Jusqu'à étouffement ?
Silence
Es-tu
Ce néant redoutable
Inéluctable
Où échoue
Définitivement mon existence ?

La revue improbable N°26, avril 2003