Quatre épreuves
Richard Ober

Un incendie barrait la route jusqu'au fleuve.

Pour tes eaux limpides scintillant au delà,
J'ai traversé le mur de flammes
Ô ma bien-aimée, par amour pour toi !
Mes cendres inaugurèrent le drame.

Un autre distingua une terre ocre sur la rive opposée

Pour ta seigneurie aux riches harmonies
Je me suis avançé dans le fleuve sans fond
Pour toi, ô ma bien-aimée, par amour !
Et l'onde a repris mes eaux dans ses tourbilons.

Un troisième perçut une douce brise dans le ciel

Pour ton souffle écrin de la bénédiction
Docile, vers la farine, j'ai suivi le meunier
Par amour pour toi, ô ma bien-aimée !
Et la grand-roue de granit m'a pulvérisé.

Le dernier vit une lueur dans la nuit

Pourchassant par les crêtes l'étoile de l'aube
Des serres aigües m'ont enlevé jusqu'au nid
Où furent à nouveau couvés mes os noircis
Sous tes ailes d'amour infini, ô ma bien-aimée !

La revue improbable N°26, avril 2003