LECTURES
Alain Suied
Alexandre Blok
LE MONDE TERRIBLE
traduit du Russe par Pierre Leon
Collection POÉSIE - GALLIMARD
   

BLOK (1880-1921): au coeur de la Tourmente sanglante et espérante de la Révolution Russe, il aura représenté pour beaucoup la destinée mystérieuse du poète, entre l'Enfer de notre condition natale et politique et l'appel de l'Idéal, de la musique secrète de la Terre. Le monde est "terrible" - mais n'est-ce pas l'humain qui, n'osant pas affronter le "terrible" devient, parfois, son propre "démon"?
"Que fais-tu de ta vaine liberté/
Toi, Don Juan,qui as connu la peur?"
Face au "vide", il faut attendre "le pas du Commandeur", ce "moteur silencieux et noir" - et alors "Anna se lèvera": la vie renaît malgré la violence de la "pulsion" et de l'égoïsme du "serpent" séducteur. Le Paradis est inaccessible et pourtant la Poésie nous dit d'aller à sa rencontre... Pour que l'espoir respire malgré la cruelle pression de la Faim, de la haine, de l'Histoire égarée!

Kathleen Raine
LA PRÉSENCE

traduit de l'anglais par P.Giraudon
Éditions VERDIER
   

Née en 1908 à Londres, Kathleen Raine - héritière de Blake et de Yeats, admiratrice de la Sagesse Indienne - est l'une des voix les plus pertinentes, les plus fortes de la poésie Anglaise du XX ème s. On se rappellera que l'éditeur François-Xavier Jaujard, découvreur passionné, nous permit de découvrir son oeuvre ("Isis errante", "Le premier jour", etc...) "La Présence" (1987) est son avant-dernier recueil. "Avoir vu est savoir toujours": le poète se retourne sur sa vie et cherche ce qui est "caché" et pourtant de la teneur même de la "présence" au monde. L'enfant en elle n'en a "jamais assez de la beauté du monde" - mais le Mal assombrit le tableau!
"Tout ce que le coeur désire
pour toujours est
Sa propre félicité": le rêve est la meilleure part de l'être.

Pierre-Yves Soucy
UN TREMBLEMENT
LE CORMIER - Bruxelles
   

Pierre-Yves Soucy nous propose, avec "Un tremblement", son nouveau recueil. Directeur de la revue "L'étrangère" (éditions La lette volée, Bruxelles) il nous a apporté une vision renouvelée de la poésie "spatiale" chère à André du Bouchet. Ici, la page respire, ici nous errons "contre le vide". Ici le corps "soulevé par l'ombre" n'est plus qu'un fragile tremblement - un "corps d'obscurité" - qui affronte la nuit infinie et "chavire debout". Le "corps sans nom" est pourtant notre humble mesure du monde et il peut mener "jusqu'à l'invisible".

Inaperçu en un temps de confusion, un temps où la "banalité du Mal", l'Indifférencié ont brouillé les frontières du Bien et du Mal, du vrai et du virtuel, l'artisan-poète continue sa route, fidèlement - de coeur en coeur, non pour dé-posséder l'autre, non pour posséder l'autre, en terrible régression secrète - mais pour que résonne et se transmette le sens d'un mystère vivant qui est notre difficile mais lumineuse richesse intérieure.


La revue improbable
N°26, avril 2003