Le vieillard, l'enfant


J'ai gratté le vide et le vent s'est engouffré sous ma peau.

Passés les jardins de la premiere innocence,
la ténébreuse habitude, soeur de l'hébétude,
couvre nos horizons de boue
(elle taraude nos paysages intérieurs),

la plaine nous aspire.

Est-ce le souvenir des temps sans temps
qui laisse une indicible blessure,
par où les chairs tranchées d'une lame acérée
perdirent des flots de sang?

L'âme ploie, comme le saule
elle s'incline vers la terre
dans sa croissance céleste.

Toute la noirceur d'un monde corrompu
rongé par la lèpre, rouillé dans les marécages
de l'automatisme, ne suffisent pas à cacher
la plaie cramoisie.

Je suis
le gardien du temple,
bienvenue,
non, le maître n'est pas encore là,
je l'attend comme je vous attendais
non, il n'a pas dit
quand il reviendrait
je l'attend comme vous l'attendez
il passera
oui
il passera.


Afin que mon existence se confonde avec la vie
de sorte que mon désespoir ne soit pas un divorce
en attendant la libération, j'ai allumé ce cierge
dans la douce pénombre de la crypte.

Aurélien


Labours