Caïn et Abel
R.O.

Ce que se disait Caïn :

"Au fond de moi, une offense de siècles d'âges
comme un puits vers l'enfer
une rogue de malheur héréditaire
la vexation de mon honneur, le piétinement de ma dignité
et j'ignore qui m'a dépossédé, qui m'a spolié
et tandis que personne n'entend ma plainte
je vais, supportant l'offense
tandis que mon frère Abel n'éprouve nulle peine lui,
le préféré, et moi, l'ignoré.
Une rage d'injustice me dévore
et dans mes ténèbres brûlantes
nulle étoile, nulle lumière ne luit devant mes pas
car c'est lui, sans doute, qui s'en est emparé,
lui le béni et moi le maudit.
Ne suis-je point victime ?
N'est-il pas légitime que je me fasse justice
puisque mon dû m'est refusé ?
.!.!...
Abel, toi qui m'a spolié, tu ne seras pas en paix"

Et Caïn souilla la terre du sang de son frère

Lorsque Caïn descendit à son tour dans la fosse,
Abel s'approcha de lui et lui parla ainsi :
"O mon frère, ne savais-tu pas
que je souffrais de la même perte que toi ?
Ignorais-tu que j'éprouvais la même absence ?
N'as-tu point vu que, comme toi, j'étais en exil ?
Ne savais-tu pas que ta chute était la notre
puisque nos parents nous ont transmis le malheur inaugural ?
Hélas, tandis que je souffrais patiemment
rendant grâce au Roi de nous garder en vie,
le suppliant de donner un fils innocent
au enfants d'Adam et Eve,
toi, tu t'es arc-bouté dans ta colère
et tu as cru que mon sang vengerait ta perte
tu as cru que j'avais volé la bénédiction !
Alors que nous partagions la malédiction !
Puis, tu n'as plus rien cru
et la colère t'aveugla jusqu'à la justification
qui est la matrice du crime."

Caïn baissa la tête : le mensonge n'avait plus prise sur lui

Abel reprit :
"Mais de ce que tu m'as fait,
de ton crime
je ne dois te poursuivre
d'une haine d'outre-tombe
et je ferai un don, un nouveau sacrifice au Seigneur,
un don de pardon !
En attendant que vienne
celui des fils d'Adam
qui lèvera la malédiction héréditaire
et répandra par le monde
la splendeur de la vérité,
celui qui a reçu l'onction
celui qui viendra porter la Réconciliation
et qui deviendra la porte du Palais"

Caïn baissa la tête à nouveau
et demanda pardon à son frère
qui le prit dans ses bras
et ils pleurèrent de joie !

Lorsque Jésus vint racheter les âmes
captives en Hadès depuis la mort
il trouva Abel et Caïn dans la même cellule
et son coeur tressaillit de joie
quand il sut que les deux frères
ne s'étaient pas quittés depuis leurs retrouvailles
et que de la peine commune
ils avaient fait une attente commune !

O Roi Victorieux, nulle ténèbre ne peut se saisir de ta lumière et l'éteindre !