Ce qu'a vu la porte de Jérusalem
dimanche des rameaux

R.O.

Ce qu'a vu la porte de Jérusalem,
des milles conquérants sabre à la main et du seul vainqueur.

Le cheval du conquérant piaffait d'impatience, les naseaux humectés.
Sous le portique, son maître l'arrêta et déclara :
"C'est un dieu qui m'a conduit jusqu'ici, car je suis vainqueur
sur mes ennemis, par le sabre, et la force de ce dieu"
toutes vues s'emplirent de terreur face au prestige rutilant :
tous coeurs broyés de peur, tous esprits enchaînés.

Le pauvre hère sur un ânon, se présenta devant la ville
ne possédant rien, ne réclamant rien, ne se réclamant de rien
que d'amour pour son Père
il éclairait l'univers de sa lumière et le réchauffait de son amour
tous coeurs soulevés d'espérance, tous esprits libérés,
toute joie comblant la terreur, il vint monté sur un ânon
et sur son passage, couvert de palmes, le sentier poudreux
devenait l'allée triomphale de la liberté.

Pour la première fois au monde venait le conquérant des coeurs
juché sur un ânon, le pauvre qui venait conquérir par la douceur
et vaincre les ténèbres par la seule force inouïe de l'adhésion !
La douceur et la tendresse ici-bas reçurent un triomphe éclatant,
les palmes du vainqueur attendu !

La lumière vint d'Israël, l'aîné, fort devant l'inconnaissable
car Israël savait que le dieu, changeant de visages,
n'est que l'antique serpent, le dragon, l'alligator du Nil
auquel on sacrifie les hommes dans le fleuve avide.

A présent,
tout conquérant qui se présente au nom d'un dieu
rencontre devant les portes de la ville
ce pauvre hère sur un ânon qui
le dépouille de sa superbe
l'orgueil du conquérant
ne tient pas plus
devant l'humilité
du roi
que la nuit ne soutient la venue du soleil.