D'UNE VIE ÉTRANGÈRE
Alain Suied

Nous demandons à l'autre ce qu'il ne peut justement pas nous donner.
Nous ne saurions pas discerner cela même que nous lui demandons : notre appel est né dans la petite enfance.
L'autre nous donne ce dont nous avons besoin - mais nous ne savons pas quel est notre besoin.
Nous exigeons de conserver l'illusion et nous rejetons le don inespéré. Dans le jeu de miroirs, nous sommes convaincus de rétablir le Phallus inconscient, le fantasme oublié.
Lé meurtre primitif nous semble un reflet lointain, un reste d'une vie étrangère - pourtant nos mains sont rouges de la souffrance d'autrui et des pleurs du malentendu.
Dans le théâtre d'ombres du présent, nous ne sommes que les acteurs du passé le plus archaïque.
Pareils à Othello, nous tuons Desdémone sans deviner que c'est notre idéal, c'est notre délivrance que nous détruisons.
Nous refusons L'AMOUR humain, nous scarifions le bouc-émissaire sur l'autel du Narcissisme délétère, qui célèbre Iago et humilie notre aspiration la plus haute : l'impossible Consolation que l'autre incarnait sans ombre et sans retour.