Légende de la montagne Pyrénéenne
Le forgeron d'Arbouix et le lac d'Isaby
Richard Ober


Jadis, près du soum du Léviste, vivait un terrifique dragon, qui semait la désolation en aspirant ses malheureuses victimes d'un souffle puissant.
Nul, dans la vallée ne pouvait se hasarder à paître ses troupeaux dans la vallée d'Isaby car ce dragon n'épargnait nulle chair.
Il fit si grand carnage que la contrée se vida, le monstrueux reptile à l'échine de pierre régnait sur un territoire dépeuplé. Mais la Providence, laquelle il faut toujours louer, voulut susciter un remède à si grand malheur. Et un jeune forgeron d'Arbouix, village adossé à Beaucens, se proposa généreusement, dans son ardente vaillance, pour tuer la vilaine créature, à la grande stupéfaction de tous.
Il avait bien médité son affaire, et son coeur intrépide l'assurait du succès.

Profitant d'une nuit sans lune, car jamais le dragon ne dormait et sa vigilance ne pouvait être prise en défaut que dans l'obscurité, le forgeron emporta son bagage métallique et se prépara à l'affrontement.
Il se glissa dans une grotte où il alluma un grand feu et se mit à fondre des lingots de fer. Au petit matin il s'attacha à la montagne, à l'aide d'une de ces chaînes dont se servaient les défenseurs des cités fluviales pour interdire le passage aux bateaux ennemis.
Le dragon ne fut point long à l'apercevoir, il se rua sur lui en aspirant de toutes ses forces mais, au lieu de chair humaine, il se goinfra de lingots en fusion !
Le forgeron, habile et sagace, retenu par la chaîne, avait attendu le dernier moment pour lancer ses piques de feu!
Comme ses entrailles en feu le torturaient, le dragon avala toutes les cascades avoisinantes. Il but, il but mais rien n'y faisait, le métal accomplissait son oeuvre et la très horrifiante bête finit par succomber en explosant!

Et voilà comment les eaux des cascades sont devenues le lac d'Isaby, au pied d'une montagne nommée Léviste.
On dit aussi que les habitants de la vallée voulurent élever une église avec les côtes du dragon, mais un tremblement de terre la détruisit, ce qui manifesta la volonté du Seigneur de façon éclatante!

La revue improbable N°24, décembre 2002