Blake et le livre (I)
Alain Suied

BLAKE voulut écrire une "Bible de l'Enfer" - ses oeuvres les plus vastes voudraient inventer (Dylan Thomas partagera le même projet mais laïque et naturel...) une nouvelle "Histoire Sainte", radicalement enracinée dans sa propre histoire, oubliant - dans cet excès même - l'enjeu des Textes Fondateurs: leur universalité, qui ne saurait limiter leur propos à la vision intérieure d'un individu (même génial) mais l'ouvrir sans retour au destin des hommes confrontés, de génération en génération à l'obscurité déchiffrable de l'Infini.

Affirmer, comme certains, que JOB est une "pièce rapportee" de "l'Ancien" Testament ou, comme d'autres qu'il n'est qu'une reprise d'un mythe Sumérien ("La complainte d'UR-nammu") est vain et profondément faux: ce qui se lit n'est pas le déni mais l'éclat de l'universalité. De plus, Job ne peut se lire SANS la pensée de la GENESE et de bien d'autres créations du LIVRE. Un texte juif et hebraïque - c'est bien cela qui dérange - ce "moment" juif dans l'Antiquité. Ce moment où le Divin est l'Indicible et où l'humain n'est que Limites, interdits, liberté sans prix, souffance sans fond: le destin même de Job!

Même: il est presque impossible de lire Job sans se référer à la GENESE. C'est la même histoire, c'est la même Chute - c'est le même triangle. Job, sa femme, Dieu. Les TROIS amis. Dieu, le MAL et Job. Il s'agit toujours de trouver le "bon" interlocuteur....ll s'agit toujours de créer une relation détachée du "fantôme" (du désir)!

La Kabbale (depuis le I2 ème siècle) à travers le Zohar et plus tard dans les oeuvres et les actes des mystiques juif de l'Exil et de la Messiannité n'est-elle pas un "un appendice" de Job - comment combattre le "mauvais penchant" sans connaissance du "chiffre" absolu du Nom justement "Imprononçable"?

La revue improbable
N°30, décembre 2003-janvier 2004