D'une crise l'autre
Alain Suied
(Voir I er chapitre, L'exil du livre)

II
PENSEE UNIQUE , POUVOIR UNIQUE

à Eric Brogniet

.................................. Le XX éme siècle a marié l'idéologie-propagande des pseudo-marxismes et le discours-religion des pouvoirs financiers avec un aplomb d'autant plus cynique et sanguinaire que les principaux défenseurs du "monstre" ainsi créé sont... LES VICTIMES ELLES-MEMES...ou,si l'on préfère les "classes" qui bénéficient le moins des avantages du "Système"...
.................................. Tandis qu'un continent entier (l'Afrique) est abandonné aux mains de tyrans aux ordres de quelques Etats occidentaux, tandis que des guerres secouent l'Est de 1'Europe,le pouvoir patronal, politique, banquier et financier a laissé s'approfondir la "fracture sociale", comme il avait laissé agir les forces obscures du fascisme dans les années 1930, en développant un discours manipulateur qu'il est temps d'analyser.
.................................. La révolution des "héritiers" de la Bourgeoisie en 68 avait hâté la "passation" des pouvoirs entre générations de "nantis". La révolution "néo-libérale" permet au pouvoir de se mondialiser et de se resserrer autour de quelques "circuits" (Banques, Internet, OCDE, FMI...) - à quel "prix" social?
Les anciens propagandistes "maoïstes" ont investi les salons dorés du Medef et de l'Etat; la "culture" et sa diffusion journalistique ont remplacé les "humanités" - dont l'échec est patent depuis Auschwitz - par un ersatz auto-satisfait, superficiel et pré-formaté; le "management" a repris les idées de 68 pour les "digérer" dans les rouages de la Production... prétendant offrir "l'autonomie" à chaque cadre et le bonheur immédiat à chaque "consommateur".
.................................. Cette aliénation tranquille et silencieuse épouse les interêts de la domination et précéde la "demande" fabriquée des foules. Elle ne serait pas envisageable sans une prise en mains des foules "solitaires", sans faire appel aux besoins et aux peurs les plus élémentaires, sans adapter en permanence ses formes imaginaires aux attentes inconscientes de ses serviteurs. Les figures du discours se sont glissés dans les oripeaux de la liberté et les restes de la modernité pour offrir un reflet fugace au narcisssisme contemporain - qui se croit détenteur du "phallus" inconscient alors qu'il n'est que le prisonnier de son impossible accès.
.................................. Cacher les données désagréables (la maladie, la mort...), donner un écho aux "produits" et aux "modes" les plus vagues, favoriser l'annonce sur le message, calquer les thèmes et les propos de la formation et de l'information sur la sémantique truquée des publicitaires: ce discours prèfère l'ombre à la lumière - mais cette ombre est éclairée par les projecteurs de la médiatisation et de la manipulation. L'ombre du phallus inconscient se donne pour l'incontournable essence du Social.
Les figures mêmes de ce discours rappellent le véritable usage de cette forme "banalisée": elles sont d'emblée l'expression de la fin qu'elles poursuivent - les réceptacles vides d'une libération singée. Elles sont d'emblée l'écran d'un Non-dit qui "signifie" toutes les contraintes et tous les mensonges de la norme et de la convention.
.................................. L'impact de ce discours a tous les aspects du message publicitaire: idéal et paisible, il ne révèle son visage tautologique (ou totalitaire?) que s'il doit rencontrer une mise en cause, une mise en question...
.................................. L'idée précède l'expérience - et l'expérience, libre et individuelle ne viendra jamais...La virtualité du concept est devenu un "insoutenable bonheur" indéfiniment différé, infiniment virtualisé. La guerre n'est qu'un jeu vidéo. Le conflit social, un "sujet" du journal télévisé. La gestion d'une vie d'homme n'est plus qu'un ensemble de données informatiques.
.................................. La "communication" a tué le dialogue.
.................................. La production de l'idéal a tué les idéaux.
.................................. La "pensée unique" ne crée pas un simple discours unique - elle est le garde-fou d'un pouvoir déjà globalisé et intériorisé.


Alain Suied.