A l'écoute de la nuit
Sylvie Freytag


Le soleil trébuche au seuil de l'horizon et s'écrase contre le mur de ma solitude.
Des voix et des cris s'esquivent le long des chemins abandonnés du crépuscule.
Les fleurs replient tendrement leur cœur.
Un dernier envol d'oiseaux effarés s'égare par-delà l'infini.
La nuit grappille les derniers grains de lumière qui éclatent entre mes doigts,
Puis scelle les portes du ciel au goût de cendre.

Sur la pointe des pieds, je m'approche de la nuit.
Elle ouvre tout grand ses bras.
Je m'abandonne dans son étreinte et pose timidement ma tête sur son épaule.
Plus de cris, ni bruit. Un silence étrange remplit le monde et mon corps.
Seul un souffle d'ange se pose sur mon sommeil léger.
La nuit dessine des rêves inachevés,
Rompus par l'horloge qui accouche des douze coups de minuit.

Des milliers d'étoiles pétillent autour de la lune.
La nuit s'incruste jusqu'à ce que j'émerge de mon sommeil.
Mon oreiller s'enivre du gazouillis des oiseaux.
Je réveille l'aube lumineuse. Je marche à sa rencontre.
Les ténèbres fuient derrière l'horizon.
Je bois la rosée des mots neufs qui naissent sur mes lèvres.
Les corolles des fleurs sensuelles s'ouvrent aux premiers rayons de la nouvelle aurore.
Les arbres frissonnants chuchotent au creux de l'oreille du vent qui fait silence.
Dans la splendeur du soleil, je respire le matin clair qui prend son bol de café
Avant de s'engouffrer dans le vacarme des rues.

 

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La revue improbable N°25, février 2003