Génie génétique
Quelle est la la place de l’homme contemporain dans le cosmos ?
Est-il possible d’appréhender concrètement ce que signifie la modification, quasi inéluctable, de l’espèce humaine, son amélioration, son progrès ou son assomption par l’utilisation de la technologie génétique?
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Aucune représentation du monde, pour l’énorme majorité, ne peut être acceptée autre que strictement mécanique. Le mystère de la vie réside dorénavant dans les coffre-forts des biologistes auxquels nous nous en remettons en tout candeur pour décider du futur de l’humanité. Or, quelles sont les ressources qui nous permettraient de comprendre ce que signifie la mise en place d’une nouvelle race humaine?
Elles ne peuvent être que d’ordre religieux, ou plutôt spirituel, et non pas éthique, terme qui ne recoupe que de vagues notions morales du bien et du mal n’ayant que des rapport lâches ou circonstanciés avec l’idée de finalité de la vie humaine. Cette finalité de la vie, ce finalisme, qui effraie tant les esprits rationnels et scientifiques, à cause de son potentiel religieux (donc, pour eux, automatiquement faux), ne se révèle que dans un cadre cosmique. Quoiqu’en réalité, il s’agisse moins de s’arrimer à une finalité, ou à une perspective de l’humanité, que d’avoir un sentiment de la place de l’homme dans le cosmos.

Homme microcosme
La place que nous occupions dans le cosmos, jusqu’à ce que Képler et Darwin prouvent le dynamisme de l'univers, découlait de la Révélation se manifestant dans un monde clos. En fait il y avait un sentiment universellement partagé par tous les hommes de leur place dans le cosmos, entre Dieu (ou les dieux) et le monde. Nous occupions la place du Pharaon, tous! car nous étions à l’intersection entre le créateur et la création. Dans le christianisme, cela se nommait “prêtre, prophète et roi”.
Nous étions le miroir aimant de la Création
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A échelle différente, cette représentation de notre situation cosmique était (ou est) partagée par toutes les religions. Cette identité de filiation, malgré les différences parfois énormes des cultures où elle s’exprimait, est aujourd’hui TOUT A FAIT remise en cause.

Une raison orpheline
Pour la grosse majorité des occidentaux et progressivement de tous ceux qui se reprochent de leur représentation scientiste du monde, qui est la dominante, la place de l’homme dans le cosmos est rien moins que désespérante.
Une élite dissèque, une autre ordonne, la masse obéit et survit.

Il y a plus d'un siècle qu’il en est ainsi, mon propos n’est pas d’en faire l’historique mais de montrer que nous vivons, non pas une période de mutation, comme on l’entend partout, mais la fin d’une civilisation humaniste.
Le surdéveloppement de la raison au détriment de l’imagination, autrement dit l’hypercéphalite, a logiquement entrainé son sacre universel. Le hic est que, bien évidemment, la raison ne peut règner sur toutes choses car si elle explique, elle ne peut entraîner l’adhésion du coeur.
Mille fois dit mais à répéter, la raison ne peut pas consoler de la mort.
Ce sont les philosophes antiques, les chevaliers du Stoïcisme qui ont affronté avec le plus de grandeur l'inéluctable fin. Leur morale de l’honneur et du devoir présente un aspect séduisant quoique monstrueux et l’on serait tenté de leur répondre “A quoi bon”? Ce sont d’ailleurs eux qui ont glorifié le suicide comme acte de liberté. Toutefois le suicide est contre nature puisque tout ce qui vit tend à vivre!
Or, dans le monde antique où règnait, aux côtés des mystères initiatiques, le stoïcisme, c’est le christiannisme qui a triomphé. Il serait puéril d’avancer que ce fut en raison de la manipulation plus ou moins adroite des foules, d’autres religions existaient alors qui eussent très bien pu atteindre un même résultat (le mithracisme, par exemple).
Alors? C’est que le christiannisme, outre le fait qu’il était une révolution sociale et portait une espèrance inouïe, la participation à la divinité, était à la confluence de toutes les traditions religieuses et philosophique du monde antique. Incarnation du Logos grec, le Christ opère l’amalgame de toutes les espérances de l’époque tout en étant compréhensible par la raison. La foi et la raison n’y sont pas séparés.

La société horizontale sans horizon
Sous l’apparence, trompeuse comme il se doit, de grandeur inégalée, et se servant de cette illusion par des artifices magiques, notre civilisation se trouve dans un état de décrépitude avançée, si tant est que l’on appartienne un temps soit peu à l’ancien monde pour en avoir conscience.
C’est devenu un lieu commun que de se réjouir de l’écroulement en chaîne des représentations patriarcales et paternalistes de la Création (qui sont aussi des représentations organistes, nous formons un corps). Ces représentations sont très hiérarchiques, indéniablement, car elles se basent sur la hiérarchie céleste: le Seigneur à son chef.
L'heure est à la glorification des réseaux et de l'horizontalité.
Ne pas se réjouir de cela signe que l’on appartient à une catégorie honnie: celle des crypto-fascistes, des réactionnaires de tous poils et au fond des emmerdeurs.
Mais, qu’on se le dise, ce sont tous ces gentils-autoritaires, les censeurs modernes, particulièrement ceux issus des troupes nommées soixante-huitardes, qui sont horriblement emmerdeurs! On de contentera de méditer sur la quantité astronomique de livres sortis pour glorifier l’anniversaire de mai 68 dans une auto-célébration grotesque.

Hiérarchie laudative et hiérarchie du ressentiment
La société qui descend du ciel, celle qui est relié à la céleste hiérarchie, n’avait pas l’humanité comme finalité.
C’est bien là le paradoxe, car n’ayant pas elle-même comme but avoué, elle a donné à chacun, de par sa place dans le cosmos, une dignité intrinsèque. Elle a engendré l'humanisme. Il va de soi que ce fut un long et pénible chemin, entrecoupé de grands massacres et de terribles oppressions, mais toujours les fondements de la société permettaient de rebatir sur du solide: à savoir le respect voire l'amour de chaque individu.
Cependant il y eut l’incroyable et gigantesque catastrophe de la guerre 14-18, celle qui a ruiné en 4 ans des siècles de civilisation.
A la fois symptome et formidable accélérateur de la débâcle de l’Occident engagé sur la voie de l'industrialisation, elle a été une guerre rationnelle et méthodique. Surtout du côté allemand; c'est la Ruhr qui combat à l'aide de recrues de chair et d'os. On connait le résultat de ce massacre scientifique. Il est d’ailleurs remarquable qu’entre deux guerres, pendant l’armistice en fait, se fussent mis à pulluler les groupes occultes et les loges maléfiques.
L’Europe était prête à toue les aventures pour sortir de sa décrépitude spirituelle. A la perfection de la boucherie et du massacre, les uns ont répondu par la volonté de réaliser une race supérieure qui devait commencer par un sacrifice inouï organisé méthodiquement dans des camps et étendu chez les voisins, les autres par une tyrannie stupéfiante conduisant à mettre des nations entières dans d’autre camps.

Comme dirait le camarade: “Choisis ton camp
Conservant notre fil conducteur, rappelons-nous qu’en ces temps intermédiaires l’idée de hiérarchie, déposée de sa finalité divine, fut très bien conservée mais elle devint strictement humaine ou structurelle. Même si les anti-christs, osons le terme, Hitler et Staline, ont utilisé des méthodes d’envoûtement collectif qui se manifestaient par des cérémonies religieuses et l’appel à une finalité sur-humaine.
Le véritable chef de la hiérarchie céleste puis terrestre, Dieu, était donc mort pour les masses engagée dans la lutte titanesque pour la perfection sociale.
Notons d’ailleurs que la parole du prophète du XXème siècle, Nietzsche, “Dieu est mort” ne devrait pas être aussi étonnante que cela.
Oui, selon l’Eglise, Dieu est mort ET il est ressuscité!...
L’effroyable catastrophe engendré par l’autoritarisme sans Dieu, avec un messianisme sur-humain, a donc conduit les générations de soixante-huitards, auxquelles nous pouvons donc trouver une maigre excuse, à s’opposer à toute hiérarchie et finalement à finir le travail de sape de la vieille civilisation occidentale.
Voulant s’opposer, ils n’ont fait qu’être recrutés! Et maintenant ce sont les gardiens du temple moderniste et libéral.

Un seul commandement: "Tu aimeras Dieu".
Le paradoxe des civilisation à hiérarchie céleste, c’est qu’elles placent les hommes dans une position cosmique qui les rend DESSERVANTS DU TRES HAUT, ce qui signifie qu’ils ne sont pas eux-même leur propre finalité mais qu’ils ont une fonction de prêtre, et qu’elles respectent (en théorie) tout homme, non grâce à d’hypothétiques droits, mais en vertu d'une dignité intrinsèque.
Chaque homme est le miroir aimant de Dieu
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Le christianisme voit en chacun l’image du Christ, donc de Dieu, et aimer le Seigneur c’est aimer son prochain.
Il y a là un point extrêmement délicat, les catholiques et les humanistes se battent pour qu’on place l’homme comme finalité, et non pas l’économie et les chiffres. Mais au point de vue spirituel, c'est en tant que Temple du Seigneur, que l'homme atteint sa dimension cosmique. Ce point mériterait d'amples développements.

Mais la pierre d'angle a été abattue, la clé de voute gît à terre.
La foi que nous avons perdue laisse place à la désolation.
Fatigués et mécontents de nous-même, nous n’avons plus la force de nous opposer à la venue d’une nouvelle sur-humanité. Tout bonnement car nous n’avons plus confiance en nous et que nous désirons le néant, ainsi que le démontre toute la littérature, les arts et le comportement de nos contemporains, désormais perdu dans le cosmos et entièrement désespérés.

Le point de rupture
Ainsi que la doctrine Nietzschéenne le prophétisait-car il me semble en effet que Nietzsche a donné l’impression d’appeler de ses voeux ce qu’il prophétisait, (mais son désir s’est éteint à l’asile)-la surhumanité arrive, au sens concret du terme, et l’humanité devra lui céder la place ou remettre en cause radicalement tout son être.
Ainsi qu’un dépressif peut se noyer dans les vertiges des lumières ou calmement découvrir qu’il suit un chemin sans issue, qui ne le mène pas à la vie, notre civilisation arrive à son point de rupture.
Ou bien nous remettons en cause tout ce qui fonde le contrat social, politique et religieux pour repartir sur des bases saines. Mais est-ce possible?
Ou bien nous nous abandonnons à la mort pour faire naître la surhumanité qui de nous ne se souciera pas plus que d’une guigne.
Il est même vraisemblale qu’elle finira par nous oublier car nous ne serons plus de la même espèce.
Nous leurs deviendrons ce que les grands singes nous sont : des étrangers radicaux.
Sans préjuger de l’attitude de l’espèce qui pourrait advenir demain, il est à noter que lorsque deux espèces expansionnistes, qui plus est parentes, se retrouvent en contact et par conséquent en rivalité, cela se termine généralement par l’extermination de la plus faible.
Cela se serait déjà passé il y a 100 000 ans lorsque Néanderthal a cotoyé Homo-sapiens.
Néandertal a disparu laissant place nette pour Sapiens-Sapiens.
Demain Homo-Sapiens-Technoligicus remplacera peut-être ce dernier...
R.O.