Armagnac
R.O.


Nous voici devant les bois où nous enterrâmes nos trésors

Allons, ô ma bien-aimée! allons éveiller les souvenirs
Assoupis sous le tendre feuillage des chênes,
Ils nous attendent pareils à des biches orphelines.

Traversons main dans la main ces collines couvertes
D'une vigne si bien sarclée, si bien émondée, si féconde,
Que des grappes sublimes y préparent le grand-oeuvre .

Sans scrupules de nos grossiers souliers de ville
Reprenons le sentier crayeux qui blanchissait
Nos pieds-nus d'enfants, lorsque tout était pur et neuf .

Et courons, courons vers les sources de ce joyeux pays !
Elles virent comment nous nous éprîmes
l'un de l'autre,
Naïfs et ignorants, avant que les chardons ne fussent.

Ne prêtons point attention au vieillard lugubre
Qui nous admoneste en contre-bas, il se plaît à mordre
Nos rêves et croit déchirer notre candeur !

Il tient en horreur notre pressoir, ne connaît que le marc
Et s'horrifie des odeurs distillatoires, il ne saurait voir
Le rubis ni l'émeraude, laissons-le devant la foulure !

O ma bien-aimée! Voici les chais antiques où les anges
prennent leur part d'esprit de vin, quand par belle ouvrage
l'or natif est extrait du raisin, l'écrin de la quintessence !