Michel Camus : le silence du monde
par Alain Suied

Lecture

L'ARBRE DE VIE DU VIDE
Michel Camus

Pré
face de Basarab Nicolescu
Éditions Lettres Vives, collection Terre de Poésie
70 p, 79F.F.- 12,O4 Euros

."Dès la première fois où m'est apparue la question, j'ai accepté qu'il ne pouvait y avoir de preuve de la réalité du monde extérieur..."
GREG EGAN
"Closer" - Eidolon.net

...Le silence habite chaque page du nouveau recueil de poésie de Michel Camus - le silence déchire la parole et montre l'être à nu. En ce sens, Basarab Nicolescu peut en parler comme "programme" et "esthétique" poétiques!
... Michel Camus nous montre l'autre côté de la parole poétique - le seuil et le vide sur le seuil. Mais il a la force de désigner le "vide" comme "vie", le silence comme ensourcement au secret.
...Il nous met face aux "limites" de nos langages "trop humains", trop liés à l'illusion, au fantasme: "Langue maternelle, langue incestueuse"... L'artiste, le poète se tiennent à la "frontière", sur le seuil de l'inconnu - ils voient lucidement que les pouvoirs de leur art plongent dans les détours et les rêves de leurs histoires personnelles mais ils peuvent aussi désigner l'insoutenable, l'indicible "vide" qui se profile et se miroite de l'autre côté...
...Ce "vide", ce silence Pascalien, Michel Camus l'affronte, le fixe - et lui donne le nom "d' Arbre de vie". Comme pour signifier que la "Source" et le retour à la Source de la Connaissance sont à ce prix: tout perdre - pour retrouver l'enracinement premier, la source vitale, l'infini mouvement IMMOBILE de l'être.
...Le silence "intérieur" semble se caler, peu à peu, sur le silence du monde. ll découvre une "confusion des vivants et des morts". Le dehors et le dedans se confondent, se complètent - dénouant l'énigme ou rejoignant son évidence.
... Le silence devient ici "l'être même de l'homme" et pourtant "nulle parole" n'est "perdue" - la mémoire est infinie, même dans son apparent silence des profondeurs. Les "contraires" s'envisagent. Le silence complète la terrible "finitude" du langage humain.
... La poésie, comme le silence, devient "ACTE DE PRÉSENCE du silence": l'Ouvert est venu comme seul lieu, comme respiration initiale, comme nudité rendant inutile "le bavardage / des gens du monde", vérité cruelle de la disparition mais vérité abolissant les mots inutiles, les échanges incertains, le "mondain" - pour laisser la Poésie affronter la seule réalité, la seule chance de faire corps avec la lumière natale - le moment où le "le visage pétrifié" du "passé", la "poussière' et la "cendre des mots" s'éloignent pour qu'un destin puisse "basculer / dans le précipice du silence."
...Parcours poétique exemplaire, l'oeuvre de Michel Camus - quête de la "pierre philosophale" - est aussi "transpoésie", chemin avec les scientifiques, les mystiques, les chercheurs d'Absolu. Dans L'Arbre de vie du vide, il nous offre un bouquet de lumière à partager - la faible mais la seule lumière de notre traversée du mystère infini. Non dans un mouvement de désespoir et de renoncement - mais pour nous rappeler que "seul le silence et l'amour" peuvent nous rapprocher de l'impossible mais infinie vérité poétique.