Surprise céleste
(le bon pain)

R. O.

Dans l'instant éternel de ta première verdeur
imaginais-tu que l'émeraude se figerait
et que tu deviendrais sa sertissure dorée
balancée d'un ciel à l'autre, d'un vent à l'aube?

Lorsque tu étais blé en herbe
dans la verdoyante tendreur de ta jeunesse
imaginais-tu, alors,
la meule qui te concasserait?

Imaginais-tu quel vacarme infernal,
sous la roue, accompagne la pulvérisation du grain.
Quels tremblements se propagent
de l'entrechoc du broyage?

Et, à présent, dans l'écrasement du chagrin
et le déchirement des peines,
sous la roue, sous la grande roue crantée
dans les crissements de la pierre
frottant la pierre, alors que tu crois devenir poussière
imagines-tu que tu deviens farine?

Car voici la surprise céleste! Des mains attentionnées
mêleront l'eau d'une fontaine bleu
à ton corps atomisé pour donner un bon pain!
Blanc et doux comme les nuages de mai,
croûteux comme la terre où tu as puisé ta vigueur
et doré comme les rires des moissonneurs!