Adieu à ANNETTE LACROIX
à François et Dany, à tous
Alain Suied

. Son époux Jean-Paul, auteur de plusieurs Anthologies, angliciste, chroniqueur judiciaire, nous a quitté voici quelques années. Il avait été la "vedette" de quelques émissions de Bernard Pivot.

Annette s'en va, à son tour... Nous sommes réunis en ce 11 mai 2001 pour dire notre affection à une personne aimée et admirée et nous découvrons que les mots sont faibles, comme inexistants, pour exprimer son souvenir, pour rappeler ses valeurs, pour habiter ce lieu étrange et inaccessible qu'est notre mémoire.

L'ancienne Métaphysique et les pieux mystiques croient à un au-delà. D'autres, prétendant à la Modernité et à une illusoire liberté nous assurent que l'au-delà n'existe pas. Savent-ils qu'en un sens ils disent la même chose? L'au-delà est toujours un au-delà des mots. Jamais les mots ne peuvent dire le réel. Ils le désignent, le rappellent, l'évoquent. Comme on tente de conserver la mémoire d'un être cher. La mort, la mort indicible et pourtant toujours à l'oeuvre est sa frontière.

En un sens, nous sommes, croyants ou incroyants, réunis en ce jour et en ce lieu qui seront aussi poussière, devant cette même frontière où les mots et le sens du réel s'effacent. Nous sommes, muets et solidaires, devant l'ultime liberté d'Annette. Devant son mystère personnel et universel. Devant son message muet qui nous demande de VIVRE avec son souvenir, pour son souvenir, pour l'utopie d'un au-delà qu'elle a rejoint.

Protestante, elle épousa un catholique, Jean-Paul et elle sut être proche de la source vive des religions du Livre: des juifs.
Le Livre - voilà une autre forme de cette frontière que je désigne -une frontière de lucidité et de sincérité personnelle- qui étaient la marque d'Annette. Frontière de la poussière, de la vanité de toute chose humaine, de toute chair vivante -mais aussi "illimité" de l'Amour et de ses choix libres, illimité de la CONSCIENCE. Non pas, comme on le croit souvent, illusion de quelque Foi aveugle, mais appel au Partage et à la Vérité. Un au-delà des mots pour dire 1'ob-scénité de la disparition, de la souffrance, de la séparation. L'indicible et l'intolérable du réel. La réalité de la cruauté de notre destin humain,de notre destin commun -mais aussi le prix inespéré et la récompense infinie de l'affection offerte, de l'attachement à un fils, à une mère, à un père comme à un ami ou à un autre,un étranger, si profondément semblable, si profondément différent.

Je pense, nous pensons ainsi à la peine de son fils, François, de Sa belle-fille, Dany; à la peine de ses petits-fils adorés. Une dernière fois,nous devons saluer la mémoire et la présence physique d'ANNETTE LACROIX pour lui rendre sa liberté absolue, pour lui témoigner de notre mémoire au-delà des paroles, au-delà même de la mémoire.

Une dernière et une première fois nous devons l'accompagner au-delà de la frontière des vivants - pour la ramener avec nous, avec nos forces vivantes - dans le souvenir et dans l'éternité du souvenir.