Le juif du sujet
Paul Celan et l'Amémoire Occidentale
Alain Suied

 

I

Depuis la Christianisation de l'Empire Romain sous Constantin et les premiers Conciles - dix-sept siècles avant "Vatican 2", qui survint après la Shoah et après la création dans Berlin en ruines, d'organismes pontificaux chargés d'organiser la fuite des nazis vers l'Amérique du Sud - et jusqu'à nos jours,où la Modernité issue de l'Europe des Lumières accepte de plus en plus les Juifs et de moins en moins le Judaïsme, cette pensée originaire et étrangère à la fois, la Kultur occidentale (Occident et occire n'ont-ils pas la même racine?) a voulu faire du Juif son "bouc-émissaire", chargé de ses peurs, de son "Malaise" devant la condition humaine-dont l'être-juif cherche la clé la mieux adaptée-et face aux pulsions héritées de la Violence des mondes de l'Antiquité "païenne"

Le Juif incarne -à son corps défendant- c'est le mot! - le sujet ... intériorisé de l'Occident.
S'identifiant à l'universalisme Hébraïque, détournant son abrupte,sa lucide interrogation Éthique, la "Sublimation" Catholique a (mal) refoulé la violence Sadique de l'Occident en la dirigeant contre la religion du Père, chef de horde donné pour respons-able (et coup-able) de l'impossible Retour au PARADIS...maternel promis par le FILS - le rabbi de Nazareth.

A l'intérieur du non-Juif ou de l'antisémite -parfois Juif- il y a un Juif inconnu, un soldat de ses "projections" -privées-, une image du Père haï -ou adoré?- et donné comme inter-disant le seuil immémorialement infranchissable -métaphysique?- ,où 1e royaume des Mères se trouverait, Paradis Chrétien, donné, promis, lui, à tous.

Chaque Juif porte sa croix croix en Occident. Chaque Chrétien porte son Juif, ,ignorant tout de la Judéité du Christ-rabbi ou prêt à la nier, de la plus violente façon, du plus. violent Déni.

Entre intériorité et Déni, le Juif- comme le poète - sont irrémédiablement de l'autre côté de la Mémoire Occidentale. Des Croisades à l'Inquisition,de la destruction des peuples d'Amérique du Sud aux compromissions avec les Nazis, l'Occident a dû conserver ses "témoins", ses "passeur", messagers non de leur intime vérité, de leur appel à l'Autre mais du Mythe et de l'autocélébration. Les religions du Fils, selon la volonté de Saint-Augustin, ont conservé la trace du peuple qui a vu naître le rabbi de Nazareth.
Elles acceptent, non sans hésitation, la présence des poètes, "témoins" de l'égarement contemporain, médiateurs sûrs de leurs responsabilités, tiers exclus du double-discours Occidental en notre pseudo "fin" de l'histoire: domination du monde et de la matière, discours humanitaire dont l'autre est infailliblement - dans la langue même-"exclu".

II

Il suffit de lire les poèmes de Celan: chacun peut y entendre le parcours de son destin, la régression (orale?) et le suicide, la culpabilité et la reconnaissance envers la culture et la fidélité Hébraïques du père, envers la langue maternelle Allemande -mais aussi le parcours Juif en Occident Chrétien.

La régression: l'eau, ici, est partout - et. le boire. "Nous buvons le lait noir de la nuit", écrit le jeune Celan ("Fugue de la mort"). Il nous dit la régression Sadique qui s'est dévoilée en Europe et l'aliénation du déporté qui doit retomber dans les gouffres primordiaux de l'inconscient (ces gouffres "baudelairiens" que Fondane, Jouve, Suarès avaient "annonces" au début des Années 30), dans les affres de la Demande adressée à la Mère Archaïque; il nous dit l'aliénation du Juif que le Crime Occidental oblige à singer ce qu'il croit être sa "libération": le retour au Paradis imaginaire, à l'objet "partiel", au sein virginal de la Terre. Le déporté, le Juif "creusent la terre" et boivent la nuit des âmes parce que le Génital est inaccessible: l'éducation, la Kultur, le système socio-économique préfèrent laisser les hommes aux stades infantiles de leur maturation sexuelle, les vouant au désir sans consommation et à la consommation sans désir -et même lorsque la Femme est célébrée, elle n'est pas reconnue...
Pourtant, le couple déporté peut, au fond de la nuit, au creux de la terre, s'écrier: "a nous s'éveille l'anneau"....
L'anneau de l'union génitale interdite et l'anneau de l'Alliance promise. Eau de l'origine, eau du retour (au sein maternel?), eau (finale) du pont Mirabeau, l'eau est le dernier refuge possible: l'âme de la mère "flotte"...
Il faut creuser la "terre" de la destruction pour retrouver l'eau baptismale de l'origine oubliée au diapason de la Création.

Mais quel est le sens - dans la vie du poète - de son suicide?
Quel secret renferme l'eau de la Seine en cette froide nuit d'avril 1970? Vingt-cinq ans après la fin de la
Guerre?

 

ATTENTION: cet essai est désormais disponible aux éditions de l'improbable , au prix de 40 francs (6 euros).
Vous ne trouverez ici que les deux premiers chapitres. Pour le commander, imprimer le bon.