La belle aveugle
Jacques Kindo
(extrait de L'ange du mouvement)

La voilà cette belle aveugle à l'agonie excitante
Qui lèche les roches et les roses aux mille seringues
Piétine les herbes à la douceur contagieuse 

Le langage est déchiqueté par les ternes lumières
Qui s'affrontent et ameutent les fièvres obsédantes 

Réduit à quelques syllabes, le sépulcre se montre
C'est un être lugubre, manteau humide, patiente ordonnée
Les paroles fondent, le futur est calciné
L'invisible ne serait qu'un spectre dans un corps
Le rire surpris dans son sommeil
Blêmis, grelotte, tousse et devient sévère
Comme l'homme au réveil du cauchemar
Aveuglé par la trahison de la nuit

La revue improbable
N°27, juin-juillet 2003