L'ardoise noire de l'origine
adieu à André Frénaud
Alain Suied

A la fin, il faut laisser gagner l'ennemi
qui avait pris votre place, qui avait noyé
votre regard, qui semblait si familier.
Tous les chiffres ont fait un zéro pur.
A la fin, il faut laisser gagner la lumière:
le feu blanc du réel, la flamme atroce
de la destruction, le rouge brasier solaire.

Sur l'ardoise du néant, il y a un visage.

C'est le visage de tous nos rêves.
C'est l'héritage amer de l'absence.
C'est la souffrance sans voix de l'enfance.
Sur l'ardoise du néant, il y un visage.
Il a fini sa course, le chasseur - et quand il a visé
la proie, c'est son visage qui se lisait - comme un livre
son propre visage oublié dans les restes du dernier repas.

La revue improbable
N°27, juin-juillet 2003