A la lumière des larmes
Alain Suied

I

Soudain tu vois que tes mains
saignent et tu sais
que l'ange t'a lancé un défi.

Trop tard!
Tu as déjà perdu.
Tu n'as pas deviné sa présence.
Tu n'as pas entendu son appel.

Et déjà
il est reparti.
Tu vivras dans le manque
tu vivras dans la fragilité.

Tu tendras en vain les mains.
Tu lèveras en vain les yeux.
L'ange te précède

jusque dans les cicatrices.

II

L'ange de l'épreuve
brûle d'abord nos yeux
avant d'ouvrir un chemin
inconnu devant nous.
Oseras-tu avancer?

Monte! Egare-toi!

Si les mots ont trahi
si l 'anneau est brisé
si tes larmes sont noyées
dans l'eau perdue
de la pierre
tu peux encore avancer.

Monte! Egare-toi!

Tous nos cris ont des ailes
tous les coeurs trouvent un chemin.

III

Tu as gravé dans ma chair
le signe du manque natal:
est-ce pour me perdre
ou veux-tu que je retrouve

la trace de ton Royaume?

Tu as soufflé sur ma chair
le sable du désert natal:
est-ce pour m'aveugler
ou veux-tu que j'oublie

le rêve de ton Royaume?

L'ange ne répond pas:
il ouvre peu à peu nos yeux
à la lumière des larmes.

La revue improbable
N°27, juin-juillet 2003