Le grand fond
(sélection)
Loyan

Le grand fond
est là, face à toi

ces nervures
tramées par le soleil
déclinant

te penser ramifié,
renaissant
par cycles
en prise libre
avec les éléments environnants

se recomposer
nervuré

le grand fond s’atteint de son vivant
dans la perpendiculaire d’une certaine lumière

7 avril 2003

*

Monde de possibles
mystère exposé incarné
ta probabilité de vie
croisement, bifurcation,
tremblement
à s’approcher de la source – feu, vif, vivant – l’alchimiste fait l’apprentissage de la plaie

qui es-tu
pour toucher ainsi mon for ? (sans doute à ton insu)

Athanor, feu des ardents
il n’y a plus d’or à transmuer
juste capter
une fois, une vie
la teinte de ton regard
une fois, une vie

se dire que ces lèvres pourraient se révéler à double tranchant

ainsi tirés lames et tarots entretiennent la confusion sur tes arcanes
majeurs
mineurs
je ne sais plus
le nord magnétique défait sa spirale et me disperse

contraction, expansion
le temps des grandes stabilités ne t’habite plus

multiplier les traces rencontres creuse chaque fois cette béance, un peu plus
ce toi trou noir

j’ai accepté ce mystère et entretiens son irrésolution
ce jour il prit voix faits et corps dans tes propos

*

j’ai compris la portée de ces équations
sans en percevoir la finalité
je sais les produire à tout moment de mon temps vécu conscient
il suffit
c’est si facile
de laisser débobiner la mécanique des fantômes

pourquoi ne pas reprendre la pratique et sa posture ?

pour vivre un danger sans risque de vie
un écart relatif entre deux à peu près réalités

voilà, beau visage émacié, je te laisse ré-agencer ces fragments de discours hébété
cela m’échappe
pas de prise sur ces failles d’expérience

porté, porté plus élément que l’élément lui-même
non plus corps subtil mais eau air feu terre couleur mêmes
quinte essence
accompli et non plus accomplissant
transmué stabilisé

comme te le dit la kabbale active en toi
Profère
Formalise
sans incantation il n’y aurait qu’incréation

le moment d’une parole te voilà réduit à toi-même
ta plus simple expression

UN / MULTIPLES

26 décembre 2002

*

La vie est de renier la vie
....de multiplier les fuites
....de décrire des cercles évidant
....de créer des complexes & imaginaires sans nombre
....de vivre par phases
....de s’expérimenter
....de traverser des attaches
....de défaire des limites
....de susciter des climats
....d’attirer des incompréhensions
....d’anticiper l’instant d’après sa mort
....de se désincarner par refus de densité
....de se posséder par éclats
....d’illuminer des visages
....de repousser le Ø et l’infini
....d’électriser des charges
....d’abjurer Dioclétien et sa tétrarchie
....de rêver Parthes et Sassanides
....de songer Trogir et Korcula
....de provoquer l’aveu au tiers-temps du secret
....de fonder sa via Appia
....de revivifier son langage
........ unilatéral
........ inabouti
........ soi

23 mai 2003

*

Naître par ou sans filiation
s'en désinscrire
remonter sa descendance
tout accepter par le rien
libre vie

8 mai 2003

*

Chercher son nom pour s’ouvrir un contre ciel

nom d’un cheminement renversé
..... judaïque

nom d’une singularité
..... (non l’imposée à la coupure du lien, identique
..... mais façonnée par forage & fibrillation)

nom se révélant
..... (non d’une parole d’écorce, Jessée
..... mais d’une é|motion,
..... stabilité de l’être à être,
..... cerclant le genre en étant la cible et la flèche-paradoxe
..... tendue|tirée|fichée au même point-mouvement)

nom-être
acte de foi sans bûcher ni livres

vivre son nom avant de le trouver
puis, l’ayant,
et avant de franchir la brèche
l’imprononcer par voiles paraphrases anagrammes
A...a / h.....n

29 mars 2004

*

À un moment il n’est plus rien d’écrit
ni de dessiné

..... ..... .eut

il y ..... ..... ..... des rencontres

..... ..... .aura
le mouvement est ainsi fait

ouvrir ou fermer n’ont pas de sens
pas plus que clore endiguer
les dix voies d’accès au réel et à sa somme d’imaginaires
l’œuvre bâtie de Nicolas Flamel
la chapelle et le four mystique de Cénevière inscrits dans la vallée
où feuilles de tabac pendues à se déshydrater font signe inversée
attendant – projection, mineure - l’interprétation des mots pour s’approcher de la

Loi

..... commune

..... ..... indite à la matière

..... commune

Jje gagnerai les Cyclades, un temps

il en est fait, ici --} {--, serrement

9 avril 2004

*

Ton effondrement
à la différence d’une étoile
ne produit pas de trou, noir
juste une morsure, acide

27 février 2003

*

La perte de l’atome faite brisure d’énergie,
refondre l’œuvre au blanc, les cycles du quotidien

quitter la baie et son emporium
gagner les baies
se faire chasseur - non plus par métaphore
vivre au tranchant
techné réduite à l’inscription sur des parois
par vestige de métal ou ossement humain animal

« Nous serons les premiers »
dessinés par biefs et chaos
lavés du fer de la rouelle
inconscients d’avoir été, bien auparavant,
préfigurés dans l’encre de prédelles

29 avril 2004

*

Il y a parfois comme un obscurcissement, nécessaire

le désorientement est initiation
cérémonial se jouant à chaque confrontation nouvelle

traversés, les textes deviennent évidence

dans l’ésotérisme de la poésie, le voile n’est pas la réalité
le scribe fixe le rapport d’étonnement, dans une nudité qui en devient indéchiffrable à nombre

parcourir l’exode à rebours, le vivre dans son écorce, nécessite de se déposséder
totalement
le sens se façonne alors de lui-même, à mesure du parcours motif

10 décembre 2003

La revue improbable
N°31, juin 2004