Rechute
Richard Ober

La chute dans la modernité date du 14 juillet 1789; certes des décennies d'un obscur travail de sape par les brigands philosophes furent nécessaires - durant ce que les manuels scolaires nomment "Le siècle des Lumières"! qui n'est que le siècle de l'invasion des ténèbres - mais le grand fracas du monde ancien s'effondrant date de cette journée lamentable.

Une Bastille tombe, mais cette Bastille est imaginaire, on lui attribue toute la soi-disante iniquité de l'ordre ancien; quand les murs s'effondrent c'est le mensonge qui sort, c'est l'antique dragon qui est réveillé, c'est le malin qu'on libère.

Le marquis de Sade réside à la Bastille, bientôt il ameute le peuple au sujet de traitements indignes: on s'échauffe, on crie - les grandes gueules françaises n'attendent que cela, du chaos - on finit par tout casser et par libérer une poignée de prisonniers! Premier mensonge révolutionnaire: on attendait des cohortes de victimes or il n'y a presque personne dans cette geôle qui excitait l'imagination de ces futurs procureurs terroristes!

Cependant les véritables prisonniers de masse sont à l'extérieur: gangrenés par l'invraisemblable doctrine des philosophes, pourris par le sarcasme voltairien - cette mesquinerie, cette bassesse, cette haine qu'on continue à inoculer aux adolescents français - empoisonnés par le délire misanthrope de Rousseau et par le fanatisme Encyclopédique, les prisonniers, c'est à entendre les vices et les passions mauvaises qui doivent être enchaînés comme de juste, sont libérés pour accomplir leur oeuvre mauvaise.

Ce jour funeste du 14 juillet marque la séparation de l'ordre temporel et de l'ordre éternel - la deuxième chute après la Rédemption.

Mais il fallu un crime pour la rendre apparemment irréversible, il a fallu tuer le roi de France et ce crime de régicide n'est autre que le meurtre du père, la destruction de l'autorité qui protège les bons et qui punit les méchants, conformément à la justice immuable.

Combien a-t-il fallu payer pour cette séparation entre les ordres?
Combien a-t-il fallu payer pour cette révolte contre Dieu?
Qu'on médite un instant sur l'ordre nouveau qui s'est établi en Europe au XX ème siècle, l'ordre du communnisme et celui, en réaction et imitation, des fascismes -
qu'on médite un instant sur ce que la vacance du pouvoir, de la souveraineté dynastique, a entraîné comme usurpations aux conséquences atroces.
Mais plutôt qu'on prie pour toutes les victimes de cette terreur qui a débuté le 14 juillet 1789, jour de la libération de Sade, jour où le sadisme est devenu officiel, et qui n'a pas cessé de sévir dans les lettres, dans les écoles et dans le débat public.

Qu'on médite un instant sur ce "progrès" politique qui a donné le trône aux brutes et les rues à la soldatesque, à la soldatesque en uniforme rouge ou brun -
car ce que veulent ces révolutionnaires qui continuent à glapir en France et en Europe, c'est bien l'uniforme - l'uniformité glaciale, qu'ils nomment l'égalité, tel est leur fantasme Caterpillar: écraser et niveler tout et tous.

Une seule démocratie s'est maintenue sans cassure, sans faiblesse et a grandi en conformité avec les valeurs les plus hautes, donc les valeurs bibliques, durant ces deux siècles, c'est la seule qui soit encore déterminée à se battre pour vivre: la démocratie américaine - à laquelle la France doit sa liberté actuelle.
Qu'il existe une justice temporelle et que le bien finisse toujours par trompher du mal, nous le voyons à ce que cette noble Amérique démocratique a terrassé les dragons rouges et bruns!

Qu'étaient ces dragons, ces totalitarismes nazis et communistes, ces fils de la Révolution française, où l'on distingue aisément les traits de la folie païenne et du délire égalitaire (le fantasme de fusion dans la masse maternelle)?
La religion du Moloch, le dieu assoiffé de sang et de sacrifices humains, l'antique et horrible divinité qui planait au-dessus des humains sans espoir avant que ne survienne la Loi et la Rédemption.
Aujourd'hui le Moloch s'appelle islamisme, c'est le dragon vert. En Occident, il séduit les nostalgiques du despotisme (éclairé ou ténébreux, qu'importe!), ne voyons-nous pas nazis et gauchistes unis dans une même admiration pour la tyrannie islamique? Unis dans la même exécration du christianisme et du judaïsme? Unis dans la même haine des USA et d'Israël?

Mais leur sédition ne peut que s'effondre devant l'ordre éternel, devant la force inflexible de la justice éternelle.

La revue improbable
N°31, juin 2004