SERGE ANDRE
"LE SENS DE L'HOLOCAUSTE - JOUISSANCE ET SACRIFICE"
www.edition~que.com diffusion:CED (22 E.)

LECTURES
Alain Suied
Psychanalyse et Histoire

SERGE ANDRE (1948-2003): ANALYSER L'HOLOCAUSTE

 

"Je suis peut-être l'un des derniers qui doivent
vivre jusqu'au bout le destin de la spiritualité juive en Europe."
Paul Celan (Correspondanoe,1948)

Lacanien, auteur de "L'imposture perverse" (éditions du Seuil), SERGE ANDRE est mort à 55 ans, laissant une oeuvre subtile, dont les interrogations restent ouvertes. On annonce la publication posthume de plusieurs de ses livres - dont un essai consacré à ARTAUD. Les éditions Belges "Que" publient son ouvrage majeur:
"LE SENS DE L'HOLOCAUSTE - JOUISSANCE ET SACRIFICE"
Les mêmes éditeurs publient un ouvrage collectif dédié à la mémoire de Serge André:
"LA PASSION DE LA VICTIME"
consacré à la "mode" intellectuelle de la "victimisation", en somme à la "banalisation du Mal" et des bourreaux!

Serge ANDRE veut s'inscrire dans le droit fil de la pensée Lacanienne: nous naissons dans la "culture", non dans quelque "métalangage" ni dans une "Nature", un "Ouvert" éloigné des affres de la condtion de petit d'homme. Dans cette aventure, le seul choix véritable réside entre une vie authentique, consciente de nos "limites" et une aliénation au "maître", parfois dissimulée sous des oripeaux "révolutionnaires"!
Dans le cadre de cette fidélité, il a voulu se confronter au plus terrible et difficile des thèmes: l'Horreur occidentale de l'HOLOCAUSTE, la folie obsessionnelle de l'Hitlérisme, le MAL dans sa montée à peine saisie par les contemporains...
L'anti-judaïsme de l'Eglise depuis Constantin, l'anti-sémitisme moderne soulignent le caractère particulier de cette "haine" aussi "absurde" que durable la leçon de la GENESE - retrouvée notamment par Freud - dérange: la liberté personnelle est à conquérir à chaque instant....Non pas - comme le voulurent certaines lectures chrétiennes - à cause de quelque "faute originelle" mais dans la vive conscience du "défaut" - du manque - où naît le petit d'homme!
Ni messie, ni maître ne peuvent endiguer le "flot" de la cruelle réalité de notre être-pour-la mort!
Pour l'auteur, "Hitler et le peuple allemand cherchaient à s'amputer d'une part originaioe de leur être, en rapport avec une jouissance interdite". Comme le montrent les essais de BELA GRUNBERGER, le "juif" désigne alors, dans le seul fantasme inconscient, cette instance intérieure qui "barre" la route de l'Inceste, du retour à l'Archaïque, dans une approche qui "tue" le "père" (ou son "symbole") et veut ignorer la "LOI", pour privilégier la "FOI" - dans le cas du Nazisme, la foi en un "Furher"....
Comment ce dernier a-t-il pu entraîner un peuple EUROPEEN dans cette abjecte spirale de destruction inhumaine?
Le ressentiment avait grandi depuis la défaite de 191 8. Dès les années 20, Hitler développe un délire antisémite. Obsessionnel. Selon Serge André, c'est ce caractère qui donnera sa forme à l'ordre bureaucratique et au vernis de religiosité de l'organisation Nazie. Le peuple et le "maître" se sont retrouvés dans cette folie narcissique et déshumanisée. Sanguinaire parce que liée à une fascination morbide sur te "sang" Allemand "pur" - comme débarrassé des apports extérieurs, éliminant le "père" pour ne faire qu'un avec la "mère" - le crime du "Serpent", niant Dieu pour ravir Eve?
L'auteur tente de nouer la notion d'holocauste à l'Horreur des camps en soulignant l'aspect - selon lui - sacrificiel de la "solution finale": la "promesse" de la Nazification, c'est de "retrouver" l'unité (fantasmatique) paradisiaque APRES la mort de la "victime"!
Serge André étudie l'échec de l'émancipation des Juifs en ALLEMAGNE, de Luther à Heidegger et relie l'Horreur à l'Histoire - mais son approche est d'abord psychanalytique. A ce titre, elle éclaire les débats contemporains et la nouvelle montée de l1Antisémitisme en Europe.
A travers les époques, l'Homme ne démontre-t-il pas son incapacité irrémédiable à assumer une vraie liberté - celle-la même proposée par la GENÈSES - hors des contraintes que beaucoup d'entre nous croient combattre pour mieux s'y aliéner?
C'est l'une des interrogations de l'ouvrage posthume de Serge ANDRE. On notera que certaines pages Lacaniennes portent la marque d'une approche forte et profonde de l'interrogation hébraïque. Certains de ses disciples ont su entendre et prolonger sa pensée - sans perdre leur spécificité. C'est l'un des mérites de l'essai ambitieux et tragique de l'auteur.


La revue improbable
N°31, juin 2004