Antan, les songes

*

L'ange attendri aux diaphanes mains
berçait lors de ces temps lointains
d'innocence heureuse les doux songes,
aux bons soins bien fols des âges sages.

Que de joies pour les abandons
du fatal et du volontaire!
Dans l'ascension vers les éthers,
que bel était l'accueil du don!

Les portiques d'ivoire des antans
n'ouvraient pas perfides sur le sang,
les cris et les deuils qui nous guettent
en cortège insolent de chute.

*

Les jours heureux sont envolés
et du fond des nuits désolées
ne surgissent plus que les spectres
des peuples disparus, nos ancêtres.

Par son jour l'électricité
comme épaves misérables
a rejeté les candélabres
et leurs bras de félicité.

Fiévreux, inquiets, à telle humeur
asservis, nos rêves maquillés,
devenus tristes et trompeurs,
d'agonie se sont habillés.

*

L'ange attendri aux mains diaphanes
chantait aux petits enfants
lors de ces temps lointain
une berceuse d'amour éternelle

L'âme à satiété se nourrissait de manne

 

Pierre Marine
Carnaval