. Les
"hommages" aux artistes et aux écrivains disparus ne sont trop souvent
que l'occasion d'un "positionnement" du critique ou du
témoin comme "a propos" d'une oeuvre et d'une pensée rarement
saisies dans leur cohérence par rapport à une vie, dans leur "incohérence"
par rapport à une époque, à un socius qui lui auront mal rendu la
reconnaissance véritablement due. Excès de zèle: pour l'un,
cette oeuvre "résume" la poésie Française de la deuxième moitié
du 20 ème siècle (étrange paradoxe qui en éloigne... l'actualité
et l'écho!) ; pour l'autre, elle est marque d'une "école" (la "poésie
"blanche"), dont on doit dire au contraire qu'elle a ignoré la portée
et la vigueur d'une démarche!
Poésie où le "blanc" semble l'emporter sur l'écrit? Nouvelle quête
"mallarméenne"? Choc du "discontinu" au coeur de la parole même?
. C'est
oublier que l'oeuvre d'André du Bouchet se ponctue d'emblée
d'un texte fameux (paru à ..Bruxelles dans le défunt "Courrier du
Centre d'Études Poétiques") sur "Baudelaire irrémédiable".
Texte inaugural : une prose. Texte de "travail" - "travail du texte"
- pour dire la césure absolue décidée par Baudelaire entre le poème
et le "sacré", entre le poète et son identité "sociale"...Texte
de la modernité et point d'appui de l'oeuvre poétique d'André du
Bouchet. Texte sans lequel les poèmes des "Carnets" et du recueil
"Dans la chaleur vacante" se trouveraient toujours dans le
malentendu où certains les ont placés durant plusieurs décennies.
. La
"vacance" n'est pas l'absence (au monde); le poète n'est pas hors
du "social"; la "blancheur" n'est pas une "virtualité". Au contraire;
cette poésie est moderne parce qu'elle permet de dire L'INCOHÉRENCE
entre la parole et le monde. Cette poésie fait place au réel.
Cette poésie trouve sa place dans un monde de "commencements", un
monde non-machinique, non-industriel, non-aliéné...
. Un
monde où le poème et la charrue ne sont pas antinomiques. Un monde
qui ne se complaît pas dans l'image et la mode. Un monde où la parole
humaine peine et avance dans...l'acharnement à dire et non dans
la "blancheur" du sens....
. L'histoire
personnelle avait son mot à dire dans cette poésie-là: le biographique
nous le rappelle- fils d'un médecin Normand et d'une Juive Russe
exilée, André a cherché et refusé l'origine, a cherché et
refusé l'identitaire, a cherché. et refusé le NON-DIT de
la modernité - la présence-absence de la judéité.
. Le
"blanc" montrait et celait cela aussi.
. La
revue "L'éphémère" s'ouvrait sur "Le méridien" de
Celan; le numéro quatre présentait "L'interlocuteur" de Mandelstam.
L'effet-mère y oeuvrait en silence. Si certains ont attaqué cette
oeuvre, si d'autres l'ont adorée, ce fut peut-être par ignorance
de la démarche biographique autant que de la démarche expressément
Baudelairienne.
. Le
Temps montrera la nature de cette poésie en la détachant de ses
fausses "célébrations" et de ses vraies incompréhensions malveillantes.
Une poésie inscrite dans la grandeur d'une vision presque picturale
d'un monde où l'homme a sa place -rien que sa place- mais sa vraie
place: une errance de parole et de vérité.