IRÈNE JOACHIM
n'est plus
par Alain Suied

. AVRIL 2001: Irène Joachim nous quitte et c'est un témoin de l'histoire musicale du 20 ème s. qui emporte avec elle les ombres vives de plusieurs générations d'artistes et de créateurs - qu'elle a connus et servis par le chant et le lied.

. Petite-fille du célèbre violoniste admiré par SCHUMANN, Joseph Joachim, elle naît en Allemagne et doit bientôt rejoindre Paris. Son enfance est bercée par l'âme Allemande puis remuée par les sursauts parisiens, tant musicaux que guerriers...

. Elle rencontre tous les compositeurs et les instrumentistes qui comptent et apprend l'art de la mélodie Debussyste de la voix des créateurs de "Pélléas et Mélisande" L'enseignement de Jane Bathori la marquera à jamais. Voilà pourquoi elle sera-avec Jacques Jansen (Pélléas) et sous la direction de René DESORMIERE, la "Mélisande" de référence. L'oeuvre enregistrée au coeur de la. Seconde Guerre Mondiale par le chef et résistant, reste l'un des plus grands disques du 2O ème s.

. France-Musiques a diffusé plusieurs reprises- de longs entretiens avec Irène Joachim. Avant sa mort, elle a confié une part importante de sa documentation familiale et musicale à Brigitte Massin, qui a publié un ouvrage sur "Les Joachim" chez Fayard.

. Irène Joachim fut, plusieurs fois, présidente bénévole du CONCOURS INTERNATIONAL DE LA MÉLODIE FRANÇAISE, créé en 1984 par Pierre d'Arquennes, fondateur de l'association musicale "Le Triptyque".

. Élevée dans la musique, Irène Joachim a cherché à réconcilier-avant les premières fondations de l'Europe-deux univers artistiques (Allemande et Français) souvent donnés pour incompatibles. L'INA a publié plusieurs disques de "Lieder", qui ont valeur de documents d'un style et d'une sensibilité adaptés à sa voix de mezzo-soprano et d'une époque où l'important était de trouver "la voie du rôle".

. Secrète et impérieuse en même temps, elle savait, d'un geste, d'une respiration, redevenir la petite-fille inspirée qui comprit la déchirure de Mélisande, femme-enfant échappant aux griffes de "Barbe-Bleue" pour mourir d'amour. Ou chanter Schubert dans "l'esprit" des oeuvres. Un destin de femme et un destin d'artiste.

ALAIN SUIED