Enfance
Edwin Muir
Traduction d'Alain Suied ( © Faber and Faber, Londres)

Le long du Temps il se tenait sous le soleil de la colline,
...Au-dessus de la maison, dans la sérénité du père.
Très loin, la rumeur changeante, indistincte ne menaçait pas
...Ni ses îles noires dans l'épaisse distance.

Il pouvait voir chaque cîme, chaque nuance vague,
...Où les îles amassées roulaient dans la brume étrangère,
Et même si toutes couraient vers son regard
...Il savait qu'elles celaient d'invisibles détroits.

Souvent il se demandait quelles rives nouvelles il y découvrirait.
...En pensée il voyait la tendre lumière du sable,
L'eau claire sans profondeur dans l'air calme,
...Et il la traversait, joyeux, de grève en grève.

Au-dessus de la rumeur un navire très lent pouvait passer
...Qui semblait s'enfoncer dans la colline au crépuscule.
Le soir, la rumeur était douce comme un verre trop plein,
...Et le Temps semblait finir avant que le navire disparaisse.

De petits rocs grisâtres dormaient tout autour de lui,
...Immobiles comme eux, de plus en plus calmes avec le soir,
Les herbes renvoyaient de hautes ombres au loin,
...Et de la maison sa mère criait son nom.