Gérard Pfister
Le tout proche
Édition Lettres Vives (85 P., 14 euros)
Jean-Paul Klée
Oh dites-moi si l'ici-bas sombrera
Éditions Arfuyen (85 P., 12 euros)
LECTURE
Alain Suied


Destins, des écritures, des-espoirs

Deux poètes Alsaciens nous disent deux mondes poétiques éloignés, opposés, deux langues, deux visions et nous le disent à partir du même paysage intérieur: leur région, certes, mais plus encore le souterrain et profond effort de la création poétique contemporaine pour revenir à l'exigence la plus tenue, à l'intériorité la plus "juste" et la plus "justement" exprimée.
Gérard Pfister propose, avec "Le tout proche", une quête de la "lumière" qui puise dans les traditions des deux "Alliances" et dans son interrogation personnelle et impliquante du mystère du royaume des Morts: Si "l'autre" est toujours "a venir", vivons-nous entre deux vies - celle, intense, des disparus et celle, incomplète, terrible, du quotidien? Le poète suggère que "l'autre est déjà là/ Dans les yeux du désir"."Déjà morts", "déjà vivants", nous "ne savons pas" que l'autre "nous voit". La lumière habite déjà "le ciel/ profond de nos coeurs".
Jean-Paul Klée, né en 1943, fils du philosophe Raymond-Lucien Klée, assassiné au "Struthof" en 44, offre, avec son nouveau recueil, un cri désespéré, une langue sonore, explosée, qui d'emblée prévient: "...la poésie jamais ne me sauvera" - nous voici sur le bord opposé de l'approche de l'humaine condition!
Errant d'Alsace, Klée écrit, décrit, se heurte aux murailles et aux grisailles du quotidien comme aux sanglants drames de notre Modernité Si barbare,si éloignée de... l'autre....
Proche ou lointaine, introuvable ou déjà présente, la dimension de l'autre est enfin devenue le centre de gravité de la poétique d'aujourd'hui - non plus seulement sous l'angle de la Métaphysique - mais comme une interrogation (présente dans les Sciences) du Déterminisme comme de l'Indéterminé, de l'évidence comme du mystère du vivant et du choix de l'humain d'inventer sa propre utopie.