Conte
Alain Suied

Ainsi, c'était vrai.
Il avait disparu. Il avait traversé la matière. Et il était en ce pays profond. Et il était dans ce pays insituable. Ni matériel, ni spirituel. Ni un Enfer, ni un Paradis. En ce pays indéterminé.
Il regarda autour de lui.
Allait-il revoir des visages connus, aimés : allait-il se trouver enveloppé par des bras, par des sourires longtemps oubliés; allait-il recevoir un signe secret, cendres ou nuées ?
Une musique allait-elle retentir; un son allait-il résonner dans les espaces infinis et monotones.
Devait-il se laisser flotter ou se persuader que ses pieds étaient posés sur un sol étranger, certes, mais solide et fertile ?
Devait-il s'habituer à d'autres formes de vie, de relations, de respiration? Quel air raréfié respirait-il en ce moment même ?
Soudain, il distingua une forme au-dessus de lui. Une vague esquisse...de quoi, au juste ?
Peu à peu, il devinait.
Un visage d'enfant.
Et l'enfant riait.
Il entendit une voix - une voix de femme - une voix emplie de joie et de souci en même temps : "Tu vois, je te l'avais dit, c'est juste un cauchemar. Tu vas te rendormir..."
Alors, un souffle puissant et brûlant, humide et bruissant d'un chagrin sans formes ni expressions, l'emporta, l'emporta dans les Ténèbres d'un rêve sans retour.