Premier novembre
Richard Ober

Aucun visage ne sera oublié,
Nul sourire d'enfant,
Aucun regard ne disparaîtra,
Nulle larme ne sera négligée.

Rien ne sera égaré,
Pas une brebis,
Personne ne sera abandonné,
Pas un fils.

Les premiers battements du coeur
Résonnent encore,
Les cris du premier deuil
Nous glacent toujours.

Les premiers frémissements,
La première tendresse,
Brillent encore
Où est le trésor.

Pas une goutte, pas une larme,
Pas une brebis, pas un enfant,
Ne sont oubliés.
La morsure du néant ne peut les dissoudre,

Il n'est point d'acide qui vienne à bout
Du souvenir inscrit dans les étoiles.
Aucune chaux ne peut anihiler
La mémoire de vous tous

Frères humains, qui avant nous
Avez peiné, sué, saigné,
Quand le nom même de vos peuples
Nous serait inconnu.

Vous tous vivez, vous tous êtes inscrits
Dans une mémoire qui affleure parfois,
Comme des rivières souterraines
Jaillissent soudain à la conscience.


Mais vous nos proches, nos frères,
Nos disparus, vous de notre famille
Humaine, vous nos pères, nos mères,
Venus des montagnes, venus des rapides,

Nous vous reconnaissons comme nous
De la même eau, du même sang,
Vous le fleuve en aval et nous
Entre les berges des villes,

Vous du minéral aride
Nous du tendre végétal
Entourés, eaux et sang
Nous sommes le grand fleuve.