LE LIEU SECRET
EDWIN MUIR (1867 - 1959)
Traduit de l'anglais, Ecosse, par Alain Suied

Cet étranger qui me détient des pieds à la tête
Ce sourd usurpateur que jamais je ne connaîtrai,
Qui vit chez moi, calme quand je suis tourmenté,
Et de mes troubles se tisse un nid douillet,
Qui jamais ne sourit, ne fronce le sourcil ne penche le visage,
Et qui n'est qu'insolence, comme les morts, quand j'enrage,
Tranquille, indifférent, ingrat, fidèle
Il est mon allié et mon seul ennemi

Viens donc, lève à nouveau l'épée qui purifie
Et détruit toute différence. Le rivage légendaire
Nous accueille à nouveau. Voici le combat prédestiné,
Le conflit ancestral, la faille originelle de la lumière :
Côte à côte, moi-même par moi-même tué,
Le mouvement du réveil, les yeux chargés
De l'obscurité océane, le lever, main dans la main,
Moi avec ma propre identité, le pays qui change,
Ma maison, ma patrie.
Mais ce précieux accord
S'éffritera lenternent, le temps voleur emportera
A pas cornptés, morceau par morceau, le trésor sans limites
Que détenaient nos quatre rnains.
Je reviendrai à ma mesure
Réelle, ma vieille mesure, rétrécirai aux dimensions de la chambre,
D'une planche, où je me rangerai moi-même discrétement,
Devenu son gardien anxieux, je servirai, gémissant
Ce maltre sans gratitude
Qui dort et dort et ordonne.
Cette vie est la mienne
Oui, dans cette seule lutte et par l'arrière goût de la lutte
Avec ce triste charnpion, ce roi à l'esprit épais.
A la première parole, il bondit sur le ring.