Transhumance
R.O.

Sommés par la cloche glaciale de l'hiver,
le glas d'un fatal désarroi, l'annonce de la sclérose cyclique ,
les troupeaux se hâtent, depuis leurs estives, à rejoindre
les étables moites où le salpêtre gagne les murs.

Mais, et toi?
Ne te faut-il point transhumer également?
Transhumer à la manière des troupeaux,
quitter les sommets terrifiants
où tes compagnons aux ailes de grande envergure
se sont retirés en leurs cénotannes!

A la descente, tu prendras le chemin commun,
le très fréquenté, où la Pierre gît parmi l'ordure.
Tu retrouvera ton cheval et en vendant ton manteau
tu pourras acquérir une épée, ainsi que l'enjoint le Maître.

Surtout, ne coupe pas à travers bois, car ta monture est impétueuse
et elle risquerait de se blesser, tout comme toi,
mais avec patience, suis le chemin métallique
parmi les hêtres rougeoyants et les harpons célestes.

La rivière suspendue qui a versé un collyre
sur tes yeux cillés regorge de poissons
comme le lac de Tibériade, près d'elle tu passeras l'hiver
et une pèche abondante nourrira les tiens.

La revue improbable N°23, octobre 2002