La graine
I
Richard Ober

Premier jour

Les étoiles sont des graines de lumière, au matin elles éclosent en soleils.

Ton soleil a été semé pendant la nuit, dans la voûte obscure, et il est éclos ce matin.

Tu dormais et l'étoile croissait, comme le blé, dans les champs des galaxies.

Dans l'enclosure de la profonde nuit, bercée par le silence, ton étoile avait germé.

Elle est née ce matin, ce jour est son premier jour.

*

Dans l'enclosure de la terre, durant le long hiver, perçant et vif, la graine dormait.

Aux première lueurs de l'aube, vers les jours où le Roi fut crucifié, puis ressuscité, la graine s'abandonna à la mort.

Elle mourut à son enclosure, sa parfaite ovoïté fut brisée, en deux coupes, lorsqu'elle donna naissance à son fils glorieux: le germe .

La plaine vaste comme le premier océan; noire, glaciale et infinie comme la nuit d'avant les temps, la plaine -qui est plaie et peine- devint la mère de la graine, lorsque l'oeuf disparut.

Vers les jours où le Roi vainquit la mort, la graine s'ouvrit sur un germe, comme deux lèvres s'ouvrent sur une parole, et la vaste plaine l'adopta, elle devint sa mère.

Une parole germa, il fallut une respiration, la parole avait percé sa nouvelle coquille, le germe put respirer à son aise.

Un vertige le saisit lors de l'inspiration, un vertige comme pour l'amphibie parcourir le sol, et y rester.

Un vertige, puis deux, rester à l'air, comme pour l'amphibie un vertige puis deux, rester sur terre.

 

La revue improbable
N°29, octobre-novembre 2003