La GENESE
et la question du Phallus
Alain Suied

Certains couples fonctionnent sur un mode que nous dirions volontiers "Génésiaque" - en référence à l'épisode du "serpent": ce que la femme attend de l'homme, c'est (dans ce type de relation inconsciente) la réparation ou l'actualisation d'un phallus "brisé" - celui de son propre père et ce que l'homme attend de la femme, c'est (dans une symbolisation homosexuelle) l'addition ou la "confirmation" d'un phallus "maternel".

Le "serpent", c'est le "tiers" - c'est lui qui assure la (fictive) cohésion du "couple". Son rôle?
In-carner le "phallus" - mais le "besoin" du phallus (valeur AJOUTEE au couple) est déjà la preuve du "manque" où le couple a puisé la vraie cause de sa formation...

Dans la "Genèse", le Divin EST le Phallus - au regard de l'homme et de la femme - il "sépare" les eaux, les sexes; il est naissance et il dit l'individuation et la solitude humaine et personnelle.

Parole originaire - au début était le Verbe - mais insoutenable à la conscience du couple meurtri par l'humaine condition. Toute "relation" se paie d'un "sacrifice" - celui d'une parcelle de Narcissisme Paradisiaque (puisé à l'eau du ventre maternel - là tout nourrissson est le phallus de sa mère. Et leur "fusion" (imaginaire) constitue un lieu "divin"...) d'abord accordé entier à Adam, puis privé d'une "côte" 'd'un "côté") pour Eve, puis voué à la "chute", lorsque la "défaillance" phallique d'Adam et Eve se révèle - comme si la "Mère" re-lâchait son effort et son bras et laissait "tomber" ses enfants ou les posait à terre pour les amener à marcher seuls...

Ce que le "papa-maman" a refusé à l'homme et à la femme, le "serpent" va le "rappeler" et le couple de la Chute va prétendre le re-constituer pour l'autre: un phallus in-visible (caché dans le corps de l'autre, notamment dans l'acte sexuel), in-séparé et (imaginairement) bisexué: ainsi ces couples seront - d'une manière relative - basés sur un "échange": l'homme incarnera le phallus du père (brisé et enfin acceptable) aux yeux de la femme et celle-ci se donnera pour mère-fusionnelle. Les "rôles" se trouveront "inversés": ce n'est pas la "masculinité" de l'Epoux que recherchera (ou inventera) l'Epouse mais...sa "castration" (sa féminité?); ce n'est pas la "féminité" de l'Epouse que recherchera (ou rêvera) l'Epoux - mais son phallus maternel recomposé... Double fétiche, double pulsion homo-sexuelle - mais lissées par le jeu des "apparences" et des conventions (sociales) ou par cette extension symbolique : l'infans, le sans-parole qui prendra sur ses épaules le poids de ce double "jeu" (ou je), de cette fiction, de ce semblant de phallus.

Ce n'est que devenu un enfant (doué de parole) qu'il pourra élaborer une hypothèse imaginaire qui affublera le père d'un pouvoir et la mère d'une aptitude à la réparation.Phalliques.

La revue improbable
N°29, octobre-novembre 2003