JANINE
CHASSEGUET-SMIRGEL UNE PSYCHANALYSTE FACE AU CHAOS CONTEMPORAIN
Depuis 1964, date de la parution de "La
sexualité féminine"(Payot), chaque ouvrage de Chasseguet-Smirgel
est un coup de sonde plus profond au coeur du chaos contemporain et
affirme une réflexion freudienne mais non dogmatique, cohérente
mais non coercitive sur les thèmes de la perversion et de l'idéal
(comme, par exemple "Ethique et esthétique de la perversion, Champ
Vallon). D. Bourdin lui a consacré une étude dans la belle et fine
collection "Psychanalystes d'aujourd'hui", P.U.F.
"Le corps comme miroir du monde" est - en partie - une approche croisée
des oeuvres de Michel Foucault, P.P. Pasolini et Mishima. Il fait
le point des recherches de l'auteur sur "L'anti-Oedipe" et aborde
les thèmes essentiels des comportements alimentaires, du suicide,
de l'indifférenciation des sexes, de la misogyme, du "symbolique"
en s'appuyant sur des "cas" retentissants.
On rappellera ici que Chasseguet-Smirgel et son époux, le génial BELA
GRUNBERGER ont produit un ouvrage commun consacré au mouvement de
Mai-68 qui leur a valu l'ostracisme et le rejet des "cercles de pouvoir"
parisiens durant de longues années et que leurs approches de
l'antisémitisme ont ajouté à leurs difficultés
- sans jamais empêcher les "emprunts" les plus constants à leurs théories!
Dans son nouvel essai, Chasseguet-Smirgel rappelle que le "jardin"
d'une vie humaine a besoin de deux "arbres" pour exister en harmonie
et dans la construction du "Self": le père et la mère. C'est
la "perte" d'un de ces re-pères qu'elle retrouve au coeur des problématiques
"sadiques" d'un Genet, d'un Mishima, dans les engagements de Foucault,
dans le rejet du père et l'amour fou de la mère d'un Pasolini.
Ces oeuvres DISENT, MONTRENT le "chaos" contemporain, théorisé par
Deleuze et Guattari. L'hitlérisme de Genet et de Mishima accompagne
la destruction-demande per-manente de Genet face au père absent, la
violence sanguinaire de Mishima se sacrifiant pour l'image de l'Empereur...La
soudaine passion de Foucault, génie philosophique, pour l'un des tyrans
du Proche-Orient (Khomeini) ou le décryptage du Fascisme comme expression
sadique-anale par Pasolini (dans son film "Salo") nous amènent à la
constatation du "malaise" contemporain.
Le divorce du corps et de l'esprit (hérité de la Renaissance?), le
rejet féministe de la maternité, le déni homosexuel du "père" tracent-ils
le portrait de la "modernité" ou rappellent-ils que nos conceptions
du corps changent notre vision du monde et influent sur le devenir
de nos sociétés? La GENESE a montré le développement de l'appareil
psychique humain. La post-modernité parviendra-t-elle à le
"déconstruire"? A quel prix terrifiant?