Janine Chasseguet-Smirgel
LE CORPS COMME MIROIR DU MONDE
choix de Michel Chandeigne
P.U.F. Collection"Le fil rouge"
200P., 25 euros

LECTURES
Alain Suied
Psychanalyse

JANINE CHASSEGUET-SMIRGEL UNE PSYCHANALYSTE FACE AU CHAOS CONTEMPORAIN

Depuis 1964, date de la parution de "La sexualité féminine"(Payot), chaque ouvrage de Chasseguet-Smirgel est un coup de sonde plus profond au coeur du chaos contemporain et affirme une réflexion freudienne mais non dogmatique, cohérente mais non coercitive sur les thèmes de la perversion et de l'idéal (comme, par exemple "Ethique et esthétique de la perversion, Champ Vallon). D. Bourdin lui a consacré une étude dans la belle et fine collection "Psychanalystes d'aujourd'hui", P.U.F.
"Le corps comme miroir du monde" est - en partie - une approche croisée des oeuvres de Michel Foucault, P.P. Pasolini et Mishima. Il fait le point des recherches de l'auteur sur "L'anti-Oedipe" et aborde les thèmes essentiels des comportements alimentaires, du suicide, de l'indifférenciation des sexes, de la misogyme, du "symbolique" en s'appuyant sur des "cas" retentissants.
On rappellera ici que Chasseguet-Smirgel et son époux, le génial BELA GRUNBERGER ont produit un ouvrage commun consacré au mouvement de Mai-68 qui leur a valu l'ostracisme et le rejet des "cercles de pouvoir" parisiens durant de longues années et que leurs approches de l'antisémitisme ont ajouté à leurs difficultés - sans jamais empêcher les "emprunts" les plus constants à leurs théories!
Dans son nouvel essai, Chasseguet-Smirgel rappelle que le "jardin" d'une vie humaine a besoin de deux "arbres" pour exister en harmonie et dans la construction du "Self": le père et la mère. C'est la "perte" d'un de ces re-pères qu'elle retrouve au coeur des problématiques "sadiques" d'un Genet, d'un Mishima, dans les engagements de Foucault, dans le rejet du père et l'amour fou de la mère d'un Pasolini.
Ces oeuvres DISENT, MONTRENT le "chaos" contemporain, théorisé par Deleuze et Guattari. L'hitlérisme de Genet et de Mishima accompagne la destruction-demande per-manente de Genet face au père absent, la violence sanguinaire de Mishima se sacrifiant pour l'image de l'Empereur...La soudaine passion de Foucault, génie philosophique, pour l'un des tyrans du Proche-Orient (Khomeini) ou le décryptage du Fascisme comme expression sadique-anale par Pasolini (dans son film "Salo") nous amènent à la constatation du "malaise" contemporain.
Le divorce du corps et de l'esprit (hérité de la Renaissance?), le rejet féministe de la maternité, le déni homosexuel du "père" tracent-ils le portrait de la "modernité" ou rappellent-ils que nos conceptions du corps changent notre vision du monde et influent sur le devenir de nos sociétés? La GENESE a montré le développement de l'appareil psychique humain. La post-modernité parviendra-t-elle à le "déconstruire"? A quel prix terrifiant?


La revue improbable
N°29, octobre-novembre 2003