La voix
Jayanta Mahaparta
Traduit de l'anglais (Inde) par Alain Suied

Quelqu'un m'appelle, une voix lointaine
mais étrangement familière, une manoeuvre du Scorpion

tournant lentement sur lui-même, de saison
en saison. Les collines sont en feu,
les cris des criquets enflent dans la chaleur montante;
désespérément en quête d'amitié, une reine de cinéma
frappe, à bout de souffle, à une porte inconnue, je ne sais où.
C'est l'été; une tempête
hurle et monte des solitudes de l'océan.
Les seuls pleurs qui m'indiffèrent
viennent du fond de moi-même. Quelqu'un, peut-être
m'appelle depuis longtemps, une voix
pareille à celle d'un navire coulé autrefois
qui voudrait remonter à la surface. Une voix
qui contredit la blancheur morte du ciel.
Et je regarde ma main et je fais souvent signe
depuis ma fenêtre, incapable de comprendre
comment les vagues du besoin roulent en suppliant sur la terre ferme -
tandis que j'essaie de me rendre plus grand que je ne suis,
assoiffé sous les pierres
comme des herbes enchevêtrées par elles-mêmes.

La revue improbable
N°29, octobre-novembre 2003