Et toi, prince ?
Richard Ober

Ne vois-tu pas qu'un usurpateur s'est emparé du trône par violence?

Hamlet l'impuissant gémit sous le joug inique

mais, toi, mon frère, te laisseras-tu déposséder de ton roi?

 

Laisseras-tu l'imposteur souiller la mémoire de ton père?

Toi, prince de sang, de haute lignée, oui! quelque modeste

soit ton état aux yeux du monde, tu es prince et un royaume t'attend

 

mon frère ouvrier, mon frère paysan, mon frère artisan

mon frère patron, ou chômeur, ou que-sais-je?

Et qu'importe? Tu es prince, nul ne peut te déposséder

 

or tu acceptes cette singerie,

ces menteurs, ces déloyaux,

sur le trône de ton père,

 

puisque ton père est roi!

 

Jadis tu avais un roi, et un père, et un Dieu

et une loi juste et sévère encadrait les débordements

inéluctables de la corruption humaine, les ignores-tu?

 

jadis, tu avais un Dieu, et un père et un roi

une loi juste et un poids certifié,

une séparation nette, franche, entre blanc et noir.

 

une frontière hermétique,

une marche gardée par les meilleurs:

d'un côté le bien, de l'autre le mal.

 

Jadis une loi d'airain marquée du Lys te gardait

oui! elle te préservait, elle te protégeait! 

une loi implacable, une pierre d'angle à ta demeure,

 

une loi non pas seulement conforme à la justice éternelle,

mais émanée d'elle, révélée par elle, offerte par elle

dirigeait les pas de tes pères avec rectitude

 

et cette sollicitude dont tu ignores à présent la saveur.

 

Jadis, quand tu avais un roi, et une loi et un père

jadis quand tu avais une foi, et une loi

souviens-t'en, frère, car tu es prince!

 

Et, regarde, maintenant quelle horrible déchéance

a gagné ta génération! Regarde quelle turpitude

domine sur les tiens...........................................

 

maintenant que, loin des yeux paternels

comme Adam se cachant après le péché

tu te livres captif à des caprices dont tu ignores le nom!

 

Tu étais prince, il te suffisait d'attendre

pourquoi as-tu tendu l'oreille à l'affreux commérage

de ces bandits philosospheurs les destructeurs?

 

Quelle démangeaison, ou quelle obscure révolte

t'as jeté entre les mains du tyran? Je sais:

tu te croyais plus malin...

que le diable!

 

Tout ce que tient le roi

 

Archives de la revue improbable