AILAS

Puiqu'elle me refuse son coeur
et que je m'assèche en vain espoir
je ne chanterai plus les mérites
de celle après qui je soupire.

Les fleurs enchantées qu'elle me dévoila
ne sont qu'illusions vénéneuses
me voici captif en sa toile
à la trompeuse Ariane asservi.

Je ne chanterai plus que le chagrin
qu'en mon attente assoiffée elle me causa
et contre les mille signes frémissant
qu'elle abandonna sur le chemin

pour me conduire à ma perte
je lancerai ces traits rageurs
et sa grande cruauté en vers
moi je la montrerai.

Contre ces images trompeuses
qu'elle évoqua pour mieux m'égarer
contre ces mains tendues qui se retirent
en un sourire désespérant

je dresserai un bouclier de mots
et je pourfendrai sa traîtrise
pour ce que mon coeur elle a changé
de féconde prairies en tourbière malsaine.

Ces équivoques et furtifs
regards attouchants pour
mon malheur ne furent
que l'ombre impalpable

d' Amour très véritable.

Merveilles, O merveilles!
promises par ces yeux
qu'Innocence semblait
illuminer de douceur!

Comment se peut-il que mon coeur
si méfiant que ni force ni contrainte
n'ont vaincu fut capturé
par l'oiselière aux bras polis?

Voila que de joyeuse et vive
mon âme s'éteint
de ne point étreindre,
gel et froidure ont ravagé

les tendres pousses
du printemps naïf.
Ma barque d'amour échouée
devant le fleuve de mes jours

je songe par la blessure
qu'elle ouvrit en moi
à ces océans de délectation
que sa fausseté me promit.