RUISSEAUX ET TORRENTS DES PYRÉNÉES

Les montagnes sont des alambics qui distillent la matière brute. Tube de la cornue, ruisseau, tu charrie l'or des siècles de gésine. Ton lit d'amour accueille l'étreinte scintillante de l'eau avec la lumière avant la naissance de l'étoile des sables.
A l'oreille attentive tu chuchotes les secrets du glacier t'engendrant goutte après goutte, et le sens du bruissement dans les buissons de myrtilles.
Torrent, chaos régulier sans débordement, bouillonnement ordonné, rugissement de fauve paisible, ce que les sourds nomment brouhaha est une symphonie contenant le sac et le ressac des océans, les violons des vents marins, les cris des mouettes et la parole gutturale des rocs arrachés aux falaises.
Ton rythme épouse le vol lent des Gypaètes, scandé par les bondissements de l'Isard, il s'aplanit soudain sur la plage du sifflement des sapins avant le bombardement des grosse caisses orageuses.
Dans le jaillissement de joie des sources, ruisseaux et torrents les eaux retournent à leur origine, le fleuve qui les ramène à la Mer est comme la marche du peuple élu vers la Terre promise.
Dans vos paroles, Eaux-vives, vous célébrez l'innocence enthousiaste des jeunes filles, la fière bravoure des jeunes hommes, la sagesse consolatrice des vieillards, la joie du semeur qui voit monter la récolte et le piaillement d'hirondelles des enfants.
Vous exécutez, eaux-vives, la symphonie inscrite au sommets des montagnes.