Bonjour, pauvre visage

1.

Bonjour, pauvre visage
si tu as choisi, dans
la rigueur du matin, de revenir
dans l'être
si tu portes, sur le front
la rosée des morts
comme si le combat
de la nuit avait
noyé les ombres
comme si
tu reprenais pied
dans l'apesanteur du vivant.

Tu portes les marques
les traces , les éclairs
de mémoires inconnues.
Tu sais, par l'âme ou le cerveau
que des rires et des cris
ont martelé ta face.
C'était un autre jour
c'était une autre langue
dans le premier éclat de l'univers.
Et si tu écoutais vraiment
la rumeur du Temps
tu pourrais presque saisir
le fantôme de nos vies.

Bonjour pauvre visage
si tu as choisi, dans
la candeur du matin, de revenir
dans l'être
si tu portes, sur le front
l'absurde ignorance des vivants
comme si le combat
de la nuit avait
déçu les ombres
comme si
tu perdais pied
dans l'océan de la vérité.

2.

Le métier d'être:
on ne voulait pas l'apprendre
On ne se voyait pas
emportés par le fleuve du Devenir.
Ni menacé par les tourbillons
de la perte.
Mais sont venus
les fantômes au milieu
des rires et des flots.

On ne se voyait pas
dépossédés par le fleuve de la Naissance.
Ni emprisonnés par un lieu
inexistant.
Mais sont venus
les symboles au milieu
des cris et des blessures.

Le métier d'être:
il est toujours inachevé.
C'est pour donner un visage
à tous nos regards perdus.
C'est pour se rejoindre, un jour
au bord de l'infini
au bout de nos métamorphoses.