Peut-on faire confiance aux poètes?
Le grand débat de fond et de forme de la revue improbable.
Sont invités, M. Baudelaire, poète à ses heures,
et M. le docteur Ratio que l'on ne présente plus.

"Aujourd'hui, pour notre grand débat j'ai le plaisir de recevoir M. Charles Baudelaire, poète à ses heures et M. Lionel Ratio, docteur en biologie moléculaire et professeur de physique comparative. Le sujet de la conversation sera "peut-on faire confiance aux poètes?" M. Baudelaire, jeme tourne vers vous car on sait que vous aimez à rimer. Pour la culture, rien de mieux que la nature, pouvez-vous nous donner votre sentiment sur la nature?
-"La nature est un temple où de vivants piliers
.. Laissent parfois sortir de confuses paroles
."
-Ah? Bon, bon...vos phrases sont assez obscures.
-Non, ce sont les piliers et leurs paroles ne sont pas obscures mais confuses...
-D'accord, quelle est votre opinion là-desssus Dr Ratio?
-Avec tout le respect que je dois à M. Bas-de-laine...
-Baudelaire!
-Autant pour moi! Avec tout le respect que je dois à M. Baudelaire, je ne peux accepter une telle proposition qui ne se fonde sur rien de rationnel. La nature est donc un temple? Toutefois, moi qui suis terre-à terre, pardon, hein! je constate qu'on n'y rend pas de culte...Des cultures, oui, agriculture intensive, extensive, biologique, transgéniques, oui! De l'élevage, pourquoi pas? Mais du culte je n'en vois pas!
-M. Baudelaire qu'avez-vous à répondre à cela?
-Je ne dirai qu'une chose à propos de la nature: "l'homme y passe à travers des forêt de symboles qui l'observent avec des regards familiers"
-Ah Ah!!!M. Bas-de-laine vous vous ridiculisez!
- Baudelaire!
-Si vous voulez, il n'en reste pas moins que moi, les forêts, je connais! Il y a des arbres, des champignons, de la mousse, tout un tas de bêtes, mais des symboles? Vous me faîtes bien rire! Tout cela relève de l'élucubration la plus farfelue! Alors, comme ça, les symboles vous font de l'oeil au coin du bois, de Boulogne, je présume? C'est encore une de ces métaphores pleines d'images, comme aiment à en inventer les poètes. Chacun voit bien qu'il n'y a pourtant rien d'autre que des sous-entendus, qui tournent tous autour de l'attraction sensuelle qu'éprouvent entre eux des êtres généralement de sexe différent.
-Vous parlez de l'amour, interrogeons M. Baudelaire sur ce sujet éminemment poétique.
-"Aimer à loisir
.. Aimer et mourir au pays qui te ressemble
."...
-Comment? Et aux frais du contribuable honnète, peut-être? Et le trou de la sécu? Vous n'y pensez guère, messieurs des nuages et autres songes-creux! Mais il y a plus grave. Aimer et mourir! Vous signifiez sans nul doute que vous suggérez à votre partenaire de se passer de la plus élémentaire hygiène protectrice! Au risque de transmettre des maladies vénériennes! M. du poète, vous êtes totalement irresponsable!
-M. Baudelaire, vous êtes visiblement attristé. Que répondrez-vous?
-"Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
.. Sur l'esprit gémissant en prois aux longs ennuis
"...
- M. Bas-de-laine, vous fûtes bien distrait pendant vos cours de physique. Savez-vous qu'il est impossible, IMPOSSIBLE, que la pression atmosphérique soit comparable à la pesanteur d'un couvercle, même en aluminium? Quant à "l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis", excusez-moi mais à l'heure d'internet, l'esprit qui veut se rendre utile en gagnant de l'argent, il n'a quand monter une "start-up". Ce n'est pas en pervertissant ainsi notre jeunesse avec vos larmoyades que vous nous aiderez à vaincre le fléau du chômage. Et puis, tiens, vous-même, qui vous plaignez de "longs ennuis" faîtes donc une formation de promoteur imobilier, vous verrez comme ça occupe d'être utile. Laissez donc tomber vos métaphore irrationnelles.
-"Chez les excellents poètes, il n'y a pas de métaphore, de comparaison ou d'épithète qui ne soit d'une adaptation mathématiquement exacte dans la circonstance actuelle, parceque ces comparaisons, ces métaphores, et ces épithètes sont puisées dans l'inépuisable fonds de l'universelle analogie, et qu'elles ne peuvent être puisées ailleurs" -Ce charabia n'a aucun sens! J'ai autre chose à faire de bien plus important, je dois finir la mise au point de ma machine à machiner, régler mon accélérateur de particularismes et rédiger une conférence sur la conquète spaciale et les indigènes cosmiques.
-M. Baudelaire, il semble que vous ayez l'âme en peine?
-"Moi, mon âme est félée, et lorsqu'en ses ennuis
.. Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits
.. Il arrive souvent que sa voix affaiblie
..
Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie"
-Et bien, monsieur du poète, je vous assure que votre conversation n'est pas du plus gai!Tout au plus serait-elle cocasse, tant elle bafoue les lois de la nature, si vous n'inspiriez à ce point la pitié!