Le chateau sans visage
Comment Lanceuro du Cac triompha du serpent monétaire dans la grotte à phynance.
(Transcrit de l'ancien français (XIII ème siècle)

.Tendez l'oreille, nobles gens, au récit de la grande prouesse du sire Lanceuro que je m'en vais vous conter. Oncques ne se vit plus vaillant et meilleur chevalier que lui en ce monde. Ecoutez bien la trés veridique histoire de sa victoire contre l'affreux serpent monétaire. C'est pour délivrer Banqualle, assujettie au vil reptile, qu'il affronta les plus grands périls. Entendez comme par ses hauts faits, il acquit sempiternelle renommée.

.Le voici, le fier chevalier cuirassé, sur le torse il porte l'insigne fameux de l'Euro, or sur azur, il s'avance sans peur, certes il fait bonne figure! C'est grand peine pour lui de quitter son fief rhénan, que l'on dit être Franc-fort, mais il vient à bride abattue vers la ville maligne, Banqualle. Au coeur de la cité se tient un grand château qui brille comme fer au soleil. Ses quatre épaisses murailles sont quatre miroirs, il se dresse orgueilleusement dans la riche ville franche. Comme issu d'un rêve, il n'est jamais le même, il paraît suspendu dans le ciel ou bien alors plongé dans les eaux, il n'a ni tour, ni barbacane, ni crènelure. Ils sont peu nombreux, ceux qui virent à l'aventure ses vastes salles. Sans-visage, ainsi le nomment marchands et manants qui fuient comme peste ses parages. Là dans les douves [caves] de l'effroyable forteresse [banque] ils sont cachés aux yeux de tous, les deux horrifiques serpents monétaires. Pour rien au monde je ne les voudrais voir! Ils engendrent sans cesse, en leur repli sans lumière, profusion de vipéreaux et serpenteaux orientaux [crotales]. Dans le silence de leur grotte, ils se multiplient, la terre entière veulent-ils couvrir sans doute! Où sont les preux? Pourquoi ont ils abandonné le peuple, les chevaliers? Mais voici le vaillant baron! tout couvert de poussière, il se rue! Lanceuro du Cac s'avance, il serre en sa main dextre sa bonne épée à double tranchant, de la sénestre il mène à la bataille sa lance tant redoutée par les méchants. Depuis les aïeux de leurs aïeux, marchands et manants craignent les vipéreaux que génèrent les serpents monétaires. Car ils se nourrissent, les perfides! de cervelle d'usurier et s'y logent par suite bien à leur aise. C'est grand malheur que jamais ils ne soient rassasiés. Après les créditeurs ce sont les débiteurs qu'ils dévorent, la cruelle postérité des serpents monétaires! Assurément ils font à tous perdre la tête! Le bon Sauveur nous garde de telle engeance maléfique! Mais c'est une joie pour tous, car il chevauche, le meilleur homme qu'ait jamais connu chevalerie. Il vole au secours des malheureux, l'ardent combattant! Le pas de son cheval, Bellor, est léger ainsi que la monture de Saint-Georges, vraiment il est protégé le belligerans [guerrier] par Saint-Georges et par Saint-Michel. D'une voix forte, devant les portes de la ville, il hèle la sentinelle: "Hola, brave soubdard [soldat], ouvre à Lanceuro qui vient libérer la cité de sa malédiction!" Il ne se fait pas prier, le garde, et se complait à ouvrir les portes au preux. Dans la ville grand dépit se voit. Ils ne circulent plus joyeusement les bourgeois. Des maisons toutes les portes sont fermées et c'est grand tristesse de cheminer en une ville appeurée. Mais il ne craint pas la malice, le baron, il est chevalier tel qu'on n'en vit plus depuis Roland le preux. Il se rapproche de la tanière aux miroirs, son heaume il le rabat devant son visage, il éperonne Bellor et force le pas. Elle est ici! l'antre maudite où se terre la monstrueuse paire de serpents monétaires. Alentour il n'y a nul gueux. Mais, près du château-sans-visage, sire Lanceuro au coeur pur et à la vive poigne, voit multitude de manants étrangement accoutrés. Ils portent même braie [pantalon], même veste et mouchoirs à leurs cous [cravates]! Quelle déplaît à l'oeil cette tenue! Ils font bien peur à voir, ainsi que vers coupés ils sont tous semblables et nulle lumière il n'y a en leurs yeux. C'est que les vipéreaux leur ont dévoré la cervelle! Jamais ne voudrais approcher tel troupeau de bête triste! Mais il ne tremble pas Lanceuro et le coeur léger, il abaisse sa lance effilée. Il crie à cette heure et c'est cri de joie qui moult effraie la vile engeance. Soudain, sans plus de débat, il charge ,le vigoureux chevalier! Sa lance est bien droite et son cheval ne renacle pas, certes non! A terre il les jette tous, il les abat sans coup manquer. La mauvaise bête rampante s'en va de par leurs bouches, yeux et oreilles. Avec les sabots bien durs de son cheval il les écrase, le grand batailleur. Tous les gardes du château voudraient bien fermer les portes mais ce loisir ne leur est pas donné. Sans tarder, Lanceuro, au grand galop, s'élance vers le pont-levis. Ainsi qu'un coup de pied dans une fourmilière, il disloque la porte orgueilleuse. Il vient à lui, le garde avec un bâton à feu, mais il ne peut le toucher et le preux lui sépare le chef [tête] du corps d'un seul coup de sa fidèle bren [épée]. Sur les verts tapis, il coule bellement le sang rouge, c'en est fini du garde et de lui s'échappent moultes vipéreaux. Comme il se réjouit Bellor de leur marteler la tête! C'est merveille que de voir cela! Mais sa mission, il ne l'oublie pas, le chevalier, et il brandit à nouveau son épée à double tranchant en s'avançant dans le labyrinthe du château-sans-visage. Il sait bien qu'il doit la détruire, la paire maléfique. A perte de vue, des portes et des couloirs, sous une aveuglante lumière, tel est le néfaste labyrinthe. Il ne recule pas, pourtant, Lanceuro, le vaillant. Ni ne se lasse de trancher les chefs, en mille petits morceaux parfois! Contre lui, les soubdards jettent des pierres enflammées de leurs arquebuses. Mais elles ne l'atteignent pas et ne lui font le moindre mal. Il se rit de tout cela, Lanceuro! Sauroctone deviendra-t-il, pour sa prouesse, il le sait bien et pousse avant. C'est la tanière qu'il lui faut maintenant trouver. C'est chose faite quand il descend aux douves. Ils sont tous deux gisant là, les maudits serpents monétaires! Ils se dressent et sifflent car ils savent qu'elle est proche leur dernière heure! Nul ne vit jamais de pareilles bêtes, pas même Ulysse en ses navigations. Voici comment est le mâle, assurément je ne souhaiterais le rencontrer! Ses pieds sont de gigantesques lingots de fer à cheval-phynance, ses cuisses sont du boa dont on chauffe les machines à vapeur, à partir des hanches il est écaillé comme du lait de vache folle, son torse est couvert par un chaudron de cuivre et d'argent, ses épaules remontent à la manière des chauve-souris, il possède des ailes d'aciers munies de bouches qui crachent du feu, sa tête est un mélange d'âne, de loup et de bouc, ses oreilles sont des voiles où s'engouffre un vent de panique, ses cornes touchent le plafond étoilé du parlement européen, quant à ses membres supérieurs, ce sont des pattes de mandragores, ses mains n'ont pas de doigts mais des petits serpents, qui se multiplient quand on les coupe, et chacun répond à un nom: Inflation, Déflation, Fausse-monnaie, Crack, Dévaluation, Déficit, Dépôt-de-bilan, Faillite, Banqueroute et Dette. Tremble-t-il le preux Lanceuro? Vraiment pas! Bien au contraire, c'est encore plus de courage qui anime son bras! De son cheval qui se cabre il élève sa lance très bien haut et perce la gueule de l'horrifique serpent monétaire! Il remue encore, ce dernier, il bouge et couine comme tous les diables, mais il ne peut atteindre le chevalier. Il voudrait bien le faire choir, mais il ne le peut. C'est alors que le chevalier prend son épée à deux mains,il profère ces paroles: "Retourne à l'enfer, créature maline" et il tranche en deux l'épouvantable monstre. Il est occis maintenant et il ne remue plus! Sa femelle, elle demande grâce faussement, il le sait bien Lanceuro, qu'elle est toute fausseté autant que perfidie, et , depuis son vilain cap jusqu'au fond de la queue, il la sépare en deux. C'est du sang noir et visqueux qui jaillit, car c'était une bien méchante génitrice de serpenteaux! Elle non plus ne remue plus, elle est très bien occise!

NOTE DU TRANSCRIPTEUR
Nous n'avons que peu de renseignements sur les évènements historiques qui sont ici chantés. On peut faire le rapprochement avec la légende de Pysthon, le serpent monétaire de l'antiquité mais quel est la part du mythe et celle de l'histoire? Nous l'ignorons...