LECTURE
Alain Suied
Poésies
POÉSIE: LA QUESTION DE L'ABSOLU

Jean-Pierre JOSSUA
FIGURES PRÉSENTES,
FIGURES ABSENTES
Pour lire Philippe Jaccottet
L'HARMATTAN, Paris,
190 pages, 15,24 euros

Jean MAMBRINO
LE VEILLEUR AVEUGLE
Cahiers bleus - 10 euros

Jean-François SCHMITT
PAROLE CALCINÉE

(Av
ec deux lettres
autographes de René CHAR)

Cahiers bleus - 8,5 euros

Jean NORMAND
ULTIMA THULE
Cahiers bleux - 7 euros

 

Jean-Pierre Jossua nous offre un essai attentif consacré à la poésie de Jaccottet : nous sommes - dans ces pages qui témoignent d'une constante quête de lumière commune aux deux auteurs - au seuil de l'Illimité, au coeur de l'aventure poétique. Le poème peut-il dire le monde? Le poète peut-il incarner une quête spirituelle? La réponse n'est pas aisée: depuis Baudelaire, le "sacré" n'a-t-il pas été "oublié" par le poète pour lui permettre d'endosser le rôle terrible et nécessaire d'accusateur de nos sociétés de misère et de cynisme, de confort et d'absurdité? C'est vers Holderlin et vers Rilke - traduits par Jaccottet, on le sait - que Jossua se tourne pour évoquer l'absence et la lumière de l'esprit à l'oeuvre dans les poèmes de l'auteur de "La semaison"! "Absentes", les divinités? Perdu, le pays du paradis de l'Enfance? Le monde "est reconnu comme le miroir de ce qu'il y a en nous de plus caché et de plus personnel, le révélateur d'une réalité invisible"...Alchimie moderne! Le poète, à l'écoute des aînés essentiels, transmute le plomb de la cruelle réalité socio-économique et le mystère évident du réel en pure quête de l'Absolu, en pure adéquation (impossible, bien sûr et justement invoquée...) du mot et de la présence, du symbole et de l'informulable celé en son coeur.
Des poètes proposent de belles pages aux Cahiers bleus (Troyes) elles aussi marquées, blessées par cette quête inactuelle et éternelle: Jean Mambrino republie son premier recueil "Le veilleur aveugle", seuil d'une oeuvre où la veille a vaincu l'aveuglement, où le "dieu caché" a révélé sa "grandeur". (On notera la reproduction d'une lettre de Jean Grosjean à l'auteur, dont on notera le caractère "idéologique" angoissant...) "Cri du manque d'être" (Normand), parole "calcinée" (Schmitt), "adieu impossible à Dieu" (Benguigui) - la poésie brûle, appelle, transmet un feu universel, une lumière qui ne se résout pas à l'adieu.


La revue improbable
N°22, septembre 2002