Nelly SACHS
EXODE ET MÉTAMORPHOSE
traduit de l'Allemand par Mireille Gansel
Verdier Éditeur
175 pages, 15 euros

LECTURE
Alain Suied
Poésie

PRIX NOBEL 1966, NELLY SACHS (1891-1970) est une voix bouleversante et subtile de la poésie Allemande du xx ème siècle - une voix intérieure, comme plongée dans les lointains de la Mémoire menacée d'extermination et de la nuit personnelle.
Après "Éclipse d'étoile", Verdier propose "Exode et métamorphose" précédé de "Personne n'en sait davantage" - deux des recueils des années 50.
Attentive aux grandes figures Bibliques et à la pensée Hassidique le poète veut trouver au coeur de la poussière même le "brasier d'énigmes" du vivant. La "parole première de Dieu" est encore une promesse d'aube dans l'obscurité du martyre d'un peuple - du peuple humain. L'étoile consumée revit.

"....toute ma vie j'embrasserai la mort
jusqu'à ce que le chant de la semence d'or
brise le roc de la séparation"

Face au dés-astre de l'Histoire et à l'énigme éternelle du monde sans cesse recommencé, le poète constate que "sans mort" il n'y a pas d'arrivée, que la présence de Dieu - dimension d'Absolu - se découvre peu à peu dans le parcours des humains! La lumière "devient oeil"; métamorphose et rédemption attendent.
"Toutes les bornes de poussière
l'amour les franchit'.

"Les êtres partis à la recherche du pays" savent que "la consolation demeure loin", que peau et linceul sont peut-être le même "sommeil blanc" - que nul ne revient - que "nul ne sait comment continuer" - mais qu'il faut avancer. Le pays de l'âme est perdu. C'est la nuit qui "prendra possession de nous". Pourtant, "soleil embrasé", la parole d'amour brille "dans la roue de la nuit". ..comme une "musique des astres" chantant sur "l'eau matricielle".

Dans la "Bible de la poussière", Nelly Sachs interroge la Création, les figures de Caïn, d'Abraham, de Daniel. . . La Ténèbre a-t-elle vaincu? Le xx ème siècle a-t-il sonné l'hallali d'Abel? La poésie (la mémoire?) reste "l'ultime résistance à l'inhumain" (Mireille Gansel). "Lapidée par la nuit", la poésie retrouve le "pays natal" des vivants dans l'étude des "métamorphoses du monde", dans la transparence et l'énigme de son essentiel secret. L'exil de l'être est son commencement.


La revue improbable
N°22, septembre 2002